III. — SES ADVERSAIRES
« Tout reconnut ses lois », a dit Boileau. Affirmation inexacte, si elle s’applique au temps où vivait Malherbe. Car il rencontra parmi ses contemporains une très vive opposition. Les attaques lui vinrent de deux côtés à la fois : il eut pour adversaires les admirateurs attardés des poètes de la Pléiade, qu'il traita si injustement, et les écrivains originaux, dont l'humeur indépendante ne pouvait se plier à sa discipline sévère.
1° Mademoiselle de Gournay ;.
Mademoiselle de Gournay prit contre Malherbe la défense des écrivains du xvi® siècle, de leur langue et de leur style. Elle a très longuement
[4. La rive noire : c’est la rive du Styx, qui faisait sept fois le tour des Enfers. — 2. Du fleuve d'oubli: allusion au Léthé, fleuve des Enfers, où les ombres venaient boire pour oublier leur vie passée.]
3. Mademoiselle Le Jars de Gournay (1565-1645) se disait la fille d'alliance de Montaigne (voir p. 196), dont elle fut l'éditeur (1595). Vieille fille, laide et pédante, elle avait des allures un peu ridicules, qui lui valurent d’être représentée par Saint-Evremond dans une scène de sa Comédie des Académistes (scène 3 de l'acte IT), qui débute ainsi :
Mie px Gournay.
Je vous ai bien cherché, Monsieur le président, | SERISAY.
Baissez-vous, Boisrobert, et ramassez sa dent. BoisRoBERT, C'est une grosse dent, qui vous était tombée, Et qu’un autre que moi vous aurait dérobée, SILHON.
Montaigne en perdit une, âgé de soixante ans. Mie pe Gournay.
J'aime à lui ressembler, même à perdre les dents.
exposé ses idées dans un ouvrage intitulé L’Ombre (1627), qui est un recueil de nombreux traités (Du langage français, Sur la version des poètes … antiques ou Des métaphores, Défense de la poésie et du langage des poètes, etc., etc...), et qu’elle réédita en 1634 sous cet autre titre: Les Advis ou Les Présens. Elle y malmène, en des pages animées, pittoresques et parfois spirituelles, les poètes de l’école de Malherbe, qu’elle appelle avec mépris des « poètes grammairiens » ou des « poètes rimeurs ».