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LES POÈTES PARASITES

.. Cependant, sans souliers, ceinture, ni cordon, L'œil farouche et troublé, l'esprit à l'abandon, Vous viennent !* accoster comme personnés ? ivres, Et disent pour bonjour : « Monsieur, je fais des livres ; On les vend au Palais? ; et les doctes du temps,

À les lire amusés, n°?? ont autre ?? passetemps. »

[4. Propres : même sens que proprement(voir p. 353 ,note 22), — 2, Poil: cheveu. — 3. Passe — dépasse. — 4. La construction de cette phrase serait aujourd'hui

regardée comme très irrégulière, = 5, Où, où sont. — 6, Hautains: cet see n'a pas ici le sens péjoratif (hauts, sublimes), — 7, Hélicon : montagne de Grèce

- consacrée aux Muses. — 8, Fureur, inspiration, — 9. La construction de ces trois

derniers vers est tout à fait irrégulière : il y a une anacoluthe ou phrase brisée. — 10. Et sont, et ils sont. — 41, Contente de soi, se contentant de ce qu’elle est.

naturellement. — 42. La nouveauté, les nouveaux ornements à la mode. — 43. L'art, :

l'artifice, — 14. Au Palais : sous les galeries du Palais de Justice, où l’on vendait

toutes les nouveautés, objets de toilette et livres (voir la comédie de Corneille : La Galerie du Palais). — 45. Sa grâce : inversion. — 46. Mercure, le dieu des marchands, — 47. Les nonchalances, le laisser aller, l'abandon. — 18. Encore deux 4

vers irrégulièrement construits]

[49. Vous viennent : l ellipse du pronom personnel est fréquente au xvir siècle. — 20. Personnes: suppression de l'article, — 21. Au Palais : voir note 14, — 22. Ne, s’employait alors pour né pas (tournure dont il reste des traces dans les expressions : je nesais, jene puis...), —23. Autre était souventemployé au xvutsiècle sans article.]

RC T0, -e (ER

De là, sans vous laisser, importuns ils vous suivent, Vous alourdent ! de vers, d’allégresse vous privent, Vous parlent de fortune, et qu’il ? faut acquérir Du crédit, de l'honneur, avant que * de mourir ;

Mais que, pour leur respect“, l’ingrat siècle où nous sommes Au prix de la vertu n’estime point les hommes ;

Que Ronsard, du Bellay, vivants ont eu du bien,

Et que c’est honte au Roï de ne leur donner rien.

Puis, sans qu'on les convie, ainsi $ que vénérables, S’assiessent en prélats les premiers à vos tables,

Où le caquet leur manque, et, des dents® discourant, Semblent !° avoir des yeux regret !! au demeurant.

Or, la table levée, ils curent ‘? la mâchoire.

Après grâces!? Dieu but, ils demandent à boire,

Vous font un sot discours ; puis, au partir ‘* de là,

Vous disent : « Mais, Monsieur, me donnez-vous cela ? » C'est toujours le refrain qu'ils font à leur ballade !#. Pour moi, je n’en vois point que je n’en sois malade...

(Régnier, Satire II, Les méchants poètes.)

a MACETTE

[Macette est le portrait d'une vieille dévote hypocrite, la petite-fille de Faux- Semblant (Jean de Meung : Roman de la Rose, vers 10955-11262), et la grand”’mère de Tartuffe.]

[4. Alourdent : vieille fforme pour alourdissent (— accablent). — 2, Sousentendu : et vous disent qu'il faut. — 3. Avant que de : construction fréquente pendant tout le xvne siècle pour avant de, — 4, Pour leur respect, à leur égard, pour ce qui les regarde (sens étymologique : respectus, de respicere, regarder). — 5. Leur se rapporte à eux les poètes, — 6. Ainsi que, comme s'ils étaient, — T. S'assiessent : vieille forme pour s'asseyent, — 8. Le caquet leur manque : ils ne disent mot (pour pouvoir manger). — Q. Des dents discourant : expression amusante (les mouvements de leur mâchoire sont leur seul langage). — 10. Semblent : voir p. 854, note 1g). -— 44. Avoir des yeux regret au demeurant, regarder avec un air de regret ce qui demeure dans les plats, — 42, Curéni : aujourd’hui on dit se eurent. — 43. Après grâces Dieu but : expression très elliptique qui signifie « après avoir bu une dernière fois avant de dire Les grâces » ; autrement dit : après le repas. — 44. Au partr : infinitif pris substantivement (tournure encore usitée dans les expressions au sorlr, au lever, aù coucher.…..), — 15. Tous les couplets de la ballade sé terminent par le même vers.]

306 LE XVIIe SIÈCLE

Sans art elle s'habille ; et, simple ! en contenance?, Son teint? mortifié prêche la continence.

Clergesse * elle fait ja la leçon aux précheurss® :

Elle lit saint Bernard ?, la Guide des Pécheurs®,

Les Méditations ° de la mère Thérèse !° ;

Sait que c'est !! qu'hypostase!? avecque syndérèse !? ; Jour et nuit elle va de convent ‘* en convent ;

Visite les saints lieux, se confesse souvent.

Loin du monde elle fait sa demeure et son gîte :

Son œil tout pénitent ne pleure qu’eau bénite.

Enfin c’est un exemple, en ce siècle tortu t, D'amour, de charité, d'honneur et de vertu.

Pour ‘6 Béate {7 partout le peuple la renomme t8 ;

Et la gazette !? même a déjà dit à Rome,

La voyant aimer Dieu, et la chair maîtriser 2,

Qu'on n’attend que sa mort pour la canoniser 21... Cette vieille chouette, à pas lents et posés,

La parole modeste, et les yeux composés ?,

Entra par * révérence; et resserrant la bouche, Timide 2 en son respect, semblait sainte Nitouche ?5.…

(Régnier, Salire XII, Macetie ou L’hypocrisie déconcertée.) .

[4. Simple se rapporte à Macette et non à teint (construction incorrecte). — 2. En contenance : construction de l'adjectif analogue à celle du participe. — 3. Son teint

mortifié : expression hardie (on dit plutôt : mortifier son corps ou sa chair). — 4.

Clergesse, savante en religion (féminin de clerc). — 5. Ja, déjà (jam). — 6. Précheurs, prédicateurs. — 7. Saint Bernard (1091-1153), le fondateur de l’abbaye de Clairvaux. Il a laissé plusieurs traités de théologie, des lettres et de très nombreux sermons (voir p.121). — 8. La Guide des Pécheurs : ouvrage du théologien espagnol Louis de Grenade, paru en 1570 et traduit pour la première fois en français

. en 1574 (le mot guide était alors du féminin). — 9. Les Méditations sur le Pater. — 10. Sainte Thérèse ne fut canonisée qu’en 1622, et c'est pourquoi elle est appelée ici la mère Thérèse. — 41. Que c'est : pour ce que c'est (latinisme : quid sit). — 12. Hypostase : terme de théologie pour désigner une personnalité distincte (il y a en Dieu trois hypostases). — 13. Syndérèse, remords de conscience. — 44. Convent,

couvent. — 15. Tortu, pervers (qui ne va pas droit, qui se conduit mal). — 16

Pour : construction usitée autrefois. — 47. Béale : mot du langage théologique qui désigne une sainte bienheureuse. — 48. Renomme, nomme avec éloge. —149. La gazette : on dirait aujourd’hui la chronique. — 20. La chair mattriser, se mortifier.

— 21. Canoniser, mettre au nombre des saintes. — 22. Les yeux composés, affectant de baisser les yeux. — 23. Par révérence : emploi de par au lieu de avec et suppression de l’article. — 24, Timide en son respect : même construction que simple en contenance. — 25. Sainte Nitouche, personne qui prend un air naïf (qui

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3° Théophile de Viau‘.

Théophile de Viau, tout en reconnaissant dans l’Élégie à une damé (1623) le mérite de Malherbe, refusait aussi de suivre ses leçons, repoussant d’instinct comme Régnier toutes les règles qui entravent l’essor du poète. Mais, à vrai dire, il est plutôt un écrivain « indépendant » qu’un adversaire déclaré de Malherbe.

Théophile de Viau n’est pas seulement l’auteur de la tragédie de Pyrame et Thisbé (1617), qui d’ailleurs eut un très grand succès, mais dont on se borne toujours à citer ces deux vers ridicules que prononce Thisbé en ramassant le poignard dont s’est transpercé Pyrame :

Ah ! voici le poignard qui du sang de son maïtre S’est souillé lâchement. Il en rougit, le traître !

Il a aussi composé des poèmes descriptifs et lyriques, comme La Soltude et Le Malin, dont la facture nous paraît tout à fait classique et la sensibilité déjà presque romantique. IL a également laissé des Lettres et un Trailé de l’immortalité de l’âme, mélange de prose et de vers, imité du Phédon de Platon.

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