‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 227 sur 532 · ÉLÉGIE À UNE DAME · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE À UNE DAME

.… Îmite qui voudra les merveilles d'autrui.

Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui.

fait semblant de ne pas y toucher..., sous-entendu : au but qu’elle se propose).] : 4. Biographie. — Théophile de Viau (que par abréviation on appelle souvent Théophile), né à Clairac, près d'Agen, en 1590, eut une vie dissipée et courte. Huguenot d'origine et libertin de croyance, il fut attaqué par le P. Garasse dans La doctrine curieuse des beaux-esprits de ce temps (1623). Pour un livre irréligieux, qui parut sous son nom et dont il n'était peut-ètre pas l’auteur, il fut poursuivi, brûlé en effigie sur la place de Grève, emprisonné pendant deux ans et condamné en 1625 au bannissement (sentence qui ne fut pas exécutée). Il mourut en 1626. à

Editions.— OEuvres de Théophile, par Alleaume (Bibl. elzévirienne, P. Jannet, 1856, 2 vol.). — Théophile, par R. de Gourmont (Soc. du Merc. de France, 1907). — OEuvres poétiques choisies de Théophile, par L.-R. Lefèvre (Garnier, 1926).

A consulter. — E. de Saint-Auban : Le procès d'un homme de lettres en 1623 : le poète Théophile de Viau devant le Parlement de Paris (1885). — Andrieu : Théophile de Viau, étude bio-bibliographique (Bordeaux, 1887). — Ch. Garrisson : Théophile et Paul de Viau, étude historique et littéraire (1899).

we SAT

Mille petits voleurs l’écorchent ! tout en vie.

Quant à moi, ces larcins ne me font point d’ envie ;

J’approuve que chacun écrive à sa façon ;

J'aime sa renommée et non pas sa leçon.

Ces esprits mendiants, d’une veine infertile,

Prennent à tout propos ou sa rime ou son style,

Et de tant d'ornements qu'on trouve en lui si beaux

Joignent l'or et la soie à de vilains lambeaux.

J'en connais qui ne font des vers qu’à la moderne,

Qui cherchent à midi Phébus? à la lanterne ;

Grattent tant le français qu'ils le déchirent tout,

Blämant tout ce qui n’est facile, qu’à leur goût? ;

Sont un mois à connaître, en lâtant la parole,

Lorsque l’accent est rude ou que la rime est molle ;

Veulent persuader que ce qu'ils font est beau,

Et que leur renommée est franche * du tombeau,

Sans autre fondement ÿ, sinon que tout leur âge à

S’est laissé consommer 5 en un petit ouvrage ; 1

Que leurs vers dureront, au monde précieux, SA

Pour” ce que, les faisant 8, ils sont devenus vieux ! Mon âme, imaginant”*, n’a point la patience

De bien SOI les vers et ranger ‘° la science.

La règle me déplaïit, j'écris confusément :

Jamais un bon esprit ne fait rien qu’aisément ‘1.

Autrefois, quand mes vers ont animé la scène !?,

L'ordre où j'étais contraint m'a bien fait de la peine ‘?.

Ce travail importun m'a longtemps martyré !* ;

Mais enfin, grâce aux dieux, je m’en suis retiré 5...

{4. L’écorchent : en le pillant ils lui arrachent des morceaux, — 2. Phébus, le soleil. — 3. Vers obscur et mal tourné, qui signifie : blämant tout ce qui, d’après eux, a seulement le mérite de la facilité. —-4. Franche du tombeau, à l’abri de l'oubli. — 5. Sans autre fondement, sans invoquer d'autre raison, — 6. Consommer : voir page 649, note 3. — 7. Pour ce que, parce que. — 8, Les faisant, tandis qu'ils les faisaient. — 9, Imaginant, quand elle imagine, quand elle compose. — 40. Ranger la science, bien disposer les idées. —— 44, Ce vers

est la condamnation du labeur préconisé au contraire par Malherbe et Boileau. — 412. Allusion à sa tragédie de Pyrame et Thisbé. — 43. M'a bien fait de la peine, m'a donné beaucoup de mal, — 14, Martyré : vieux mot pour martyrisè, — 45. Je m'en suis retiré, j'y ai renoncé.]

MEL ” bn

Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,

Promener mon esprit Fe de petits desseins, Chercher des lieux secrets? où rien ne me déplaise, Méditer à à loisir, rêver tout à mon aise...

(Théophile de Viau.)

Page 1