LA FONDATION D
voir, elle s’approcha du feu et parla à M. le Chancelier assez bas... Nous étions tous découverts, et M. le Chancelier comme nous. Après que nous eûmes pris nos places, le Directeur ! se leva, et nous avec lui. M. le Chancelier demeura assis. Le Directeur fit son compliment, mais si bas, que personne ne l'entendit : car il était tout courbé, et il n’y avait que la princesse et M. le Chancelier au plus qui pussent l'entendre... Après le compliment fait, hous nous rassimes : le Directeur dit à la princesse qu'il avait fait un traité de la Douleur, pour ajouter à ses Caraclères des Passions, et que si Sa Majesté l'avait ? agréable, il lui en lirait le premier chapitre. « Fort volontiers », dit-elle, I le lut, et après l'avoir lu, il dit à la princesse qu’il n’en lirait pas davantage de peur de l’ennuyer. « Point du tout, dit-elle, car je m imagine que le reste ressemble à ce que vous venez de lire. » Ensuite M. de Mézeray dit que M. Cotin avait quelques vers que Sa Majesté trouverait sans doute fort beaux, et que si elle l'avait agréable, on les lui lirait. M, Cotin prit aussitôt ses vers et les lut. [ls étaient fort beaux°.…..
Ensuite le Directeur dit à la Reine que l’exercice ordinaire de la Compagnie était de travailler au dictionnaire, en attendant grammaire, rhétorique, etc., et que, si Sa Majesté l’avait agréable, on lui en lirait un cahier. « Fort volontiers », dit-elle. M. de Mézeray lut donc le mot de Jeu, où, entre autres façons“ proverbiales, 1l y avait : Jeux de princes, qui ne plaisent qu’à ceux qui les font, pour dire une malignité 5 ou une violence faite par quelqu'un qui est en puissance f. Elle se mit à rire... Après que le mot jeu eut été lu, et après environ une heure de temps, la princesse, qui voyait qu'il n’y avait plus rien à lire, se leva, fit une révérence à la Compagnie, et s’en alla comme elle était venue...
(Olivier Patru.)
[4. Le Directeur de l’Académie êtait Martin Cureau de la Chambre (voir p. 433, note 1). — 2. L'avait agréable, le tenait pour agréable. — 8. Si les vers galants de l’abbé Cotin (voir p. 405, note 9) méritaient les railleries de Boïleau et de Molière, les poésies qu’il composait sur des sujets sérieux avaient plus de valeur. — 4. Façons, façons de parler. — 5. Malignité a ici le sens de mauvaise plaisanterie et non pas, comme d'habitude au xvne siècle, de méchanceté. — 6. Qui est en puissance, qui dispose de la puissance.]
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