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LA VIE DU LANGAGE

On m'objectera que, puisque l’usage est le maître de notre langue, et que de plus il est changeant, ...ces Remarques ne pourront pas servir longtemps, parce que ce qui est bon maintenant sera mauvais dans quelques années, et ce qui est mauvais sera bon. Je réponds et j'avoue que c’est la destinée de toutes les langues vivantes d’être sujettes au changement. Mais ce changement n'arrive pas si à coup! et n’est pas si notable que les auteurs qui excellent aujourd’ hui en ces langues ne soient encore infiniment estimés d'ici à vingt-cinq ou rente ans..

Mais quand ces Remarques ne sun que vingt-cinq ou trente ans, ne seraient-elles pas bien employées ?... Et toutefois je ne demeure pas d'accord que toute leur utilité soit bornée d’? un si petit espace de temps, non seulement parce qu'iln ya nulle proportion entre ce qui change et ce qui demeure dans le cours de vingt-cinq ou trente années, le changement n’arrivant pas à la Lee partie de ce qui demeure, mais parce que je pose des principes qui n'auront pas moins de durée que notre langue et notre empire ; car 1l sera toujours vrai qu'il É a un ne etun mauvais usage, que le mauvais sera composé de la pluralité des voix, et le bon de la plus saine partie de la cour, et des écrivains du temps, qu’il faudra toujours parler et écrire selon l’usage qui se forme de ? la cour et des auteurs.

Que si Lox avait égard à ce changement, en vain on travaillerait aux Grammaires et aux Dictionnaires des langues vivantes, et 1l n’y aurait point de nation qui eût le courage d'écrire en sa langue ni de la cultiver.

(Vaugelas, Remarques sur la langue française, Préface.)

[4. À coup, brusquement. — 2. De, par. — 3. Voir note 2.]

b) Ennemis et continuateurs de Vaugelas.

En dehors des grammairiens de Port-Royal, qui s’inspirèrent, comme nous l’avons dit, d’une conception générale du langage toute différente de celle de Vaugelas, ce dernier a rencontré une opposition assez vive, surtout en la personne de La Mothe Le Vayer (1583-1672) et de Scipion Dupleix (1569-1661). Déjà en 1637, dans ses Considérations sur l'éloquence française de ce temps, La Mothe Le Vayer critique Vaugelas, dont les Remarques avaient alors commencé à circuler manuscrites ; et à la réplique de Vaugelas dans la Préface de ses Remarques La Mothe Le Vayer riposta par Quatre lettres touchant les nouvelles Remarques sur la langue française, adressées à Naudé et publiées en 1647. Quelques années plus tard, en 1651, Scipion Dupleix écrivit à son tour un livre contre Vaugelas : La liberté de la langue française dans sa pureté.

Les attaques de La Mothe Le Vayer et de Scipion Dupleix n’empêchèrent d’ailleurs point Vaugelas de s’imposer très vite au xvir siècle. Ce ne sont pas seulement les femmes savantes de Molière qui invoquent son autorité :

PHiILAMINTE.

Elle a, d’une insolence à nulle autre pareille, Après trente leçons, insulté mon oreille

Par l’impropriété d’un mot sauvage et bas, Qu'en termes décisifs condamne Vaugelas.

(Les Femmes savantes, À. IT, Sc. vi.)

BÉLIsE.

Il est vrai que l’on sue à souffrir ses discours : Elle y met Vaugelas en pièces tous les jours.

(Les Femmes savantes, À. IT, Sc. vir.)

Corneille lui-même, pour se conformer à ses préceptes, fit une revision de ses pièces.

Vaugelas eut des continuateurs, en particulier Ménage, qui, outre Les Origines de la langue française (1650), publia en 1672 ses Observations sur la langue française, et le P. Bouhours!, l’auteur des Entretiens

4. Le P. Bouhours (1628-1702) a composé deux autres ouvrages qui se rattachent à la Querelle des anciens et des modernes (voir p. 818). Il a joui en son temps d’une grande autorité. S'il ne fut pas de l’Académie, c’est uniquement parce que les statuts des Jésuites l’en empêchaient. Les esprits les plus divers, Bossuet, La Fontaine, Saint-Evremond, firent grand cas de lui. Racine lui soumettait ses pièces et déclarait, en lui en envoyant une : « Je vous supplie, mon

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LE XVIIe SIÈCLE

d’'Ariste et d’'Eugène (1671), des Doutes sur la langue française proposés à Messieurs de l’Académie française par un gentilhomme de province (1674), des Remarques nouvelles sur la langue française (1675) et de la Suite des . Remarques, 1692).

Enfin l’Académie, pour compléter l’œuvre de Vaugelas, encouragea la publication d’autres Le. destinés, comme les Remarques sur la langue française, à tenir lieu de la cd qu’elle avait à sa naissance reçu mission de rédiger et qu’en 1714 Fénelon, dans sa Lettre sur les occupations de l’Académie française, V'engageait encore à composer elle-même : … les Remarques et décisions de l’Académie française recueillies par M. L. I (l'abbé Tallemant, 1698); les Observations de l’Académie française sur | les Remarques de Vaugelas, par Thomas Corneille (1704) ; le Traité de la grammaire française, par Regnier-Desmarais (1705)... [Voir le Supplément.]

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