‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 261 sur 532 · II. — AUTRES SALONS PARISIENS ET PROVINCIAUX · texte numérisé non relu

II. — AUTRES SALONS PARISIENS ET PROVINCIAUX

À l'exemple de Catherine de Vivonne, « ruelles » et « réduits » ne

tardèrent pas à se multiplier à Paris : il y eut de 1652 à 1700 les « sa ï

medis » de Mlle de Scudéry“ dont le salon de la rue de la Beauce, dans le quartier du Marais, fut à la fois plus bourgeois et plus précieux que l’Hôtel de Rambouillet ; il y eut aussi les « mardis » de la vicomtesse d’Auchy, les réceptions de la marquise de Sablé, de la Grande Mademoiselle, de Mme de Maure, de Mne de Choisy, de Me de Bouchavannes, de Mre de Brégis, de Mne Réne la future Mne de Maintenon.…

La province elle-même ne singer la capitale, Et c’est là surtout que se développa la préciosité. Chapelle et Bachaumont, traversant Montpellier en 1656, sont introduits dans une « assemblée de précieuses », reconnaissables à « leurs petites mignardises, leur parler gras et leurs

discours extraordinaires », exemplaires achevés de ces « pecques provin- |

ciales » dont Molière se moquera dans ses Précieuses ridicules. Et, dans ses Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne (1665), Fléchier raconte qu’étant de passage à Riom, il eut à subir la curiosité indiscrète et les avances importunes de « deux précieuses languissantes », désireuses de recruter pour leur salon un hôte d'importance.

[4. Patiences : l'emploi des substantifs abstraits au pluriel n'est pas courant. -— 2. La résignation de Job sur son fumier est légendaire. — 3. Isaac Benserade (1612-1691) composa des tragédies, mais surtout des rondeaux et des sonnets|.

4. À consulter. — Rathery et Boutron : Mademoiselle de Scudéry, sa vie et 54

sa correspondance, avec un choix de ses poésies (Paris, Teschener, 1873).

PORTRAIT DE Mie DE SCUDÉRY

[D'après Victor Cousin (La société française au XVIIe siècle, t. II, p. 133), « Mie de Scudéry était laide ; son teint surtout, tirant au noir, ôtait à sa figure toute prétention à la beauté. » Voici son portrait, tel qu’elle l’a peint elle-même dans Le Grand Cyrus sous le nom de Sapho.]

Quoique Sapho ait été charmante dès le berceau, je ne veux vous faire la peinture de sa personne et de son esprit qu’en l’état où elle est présentement, afin que vous la connaïssiez mieux. Je vous dirai donc qu’encore que vous m’entendiez parler de Sapho comme de la plus charmante personne de toute la Grèce, 1l ne faut pourtant pas vous imaginer que sa beauté soit une de ces grandes beautés en qui l’envie même ne saurait trouver aucun défaut. Mais enfin pour vous dépeindre Sapho, il faut que je vous dise qu’encore qu'elle se dise petite lorsqu'elle veut médire d'elle-même, elle est pourtant de taille médiocre, mais si noble et si bien faite qu’on ne peut y rien désirer. Pour le teint, elle ne l’a pas de la dernière blancheur ; il a toutefois un si bel éclat qu'on peut dire qu’elle l’a beau. Mais ce que Sapho a de souverainement agréable, c'est qu’elle a les yeux si beaux, si vifs et si pleins d'esprit, qu'on ne peut ni en soutenir l'éclat, ni en détacher ses regards. En effet ils brillent d’un feu si pénétrant, et ils ont pourtant une douceur si passionnée, que la vivacité et la langueur ne sont pas des choses incompatibles dans les beaux yeux de Sapho. Ce qui fait leur plus grand éclat, c’est que jamais il n’y a eu une opposition plus grande que celle du blanc et du noir de ses yeux. Cependant cette grande opposition n’y cause nulle rudesse. De plus, elle a des choses qui ne se trouvent pas toujours ensemble, car elle a la physionomie fine et modeste, et elle ne laisse pas aussi d’avoir je ne sais quoi de grand et de relevé dans la mine. Sapho a, de plus, le visage ovale, la bouche petite et incarnate, et les mains si admirables que ce sont en effet des mains à prendre des cœurs, ou, si on la veut considérer comme une fille chèrement aimée des Muses, ce sont des mains dignes de cueillir les plus belles fleurs du Parnasse.

See et Madeleine de Scudéry, Le Grand Cyrus, X° partie, livre II.)

402* LE XVIIe SIÈCLE

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