III. — IRÈNE
[Ce portrait appartient à la 8e édition des Caractères.]
Irène !° se transporte à grands frais en !! Epidaure !?, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux. D'abord elle se plaint qu’elle est lasse et recrue! de fatigue ; et le dieu prononce !* que cela lui arrive par la longueur du chemin qu'elle
[4. Y : souvent employé au xvrre siècle, comme le pronom en, à la place de toute une proposition (— pour le porter à cet état de splendeur). — 2. Excellent n'avait pas au xvue siècle la valeur d’un superlatif, — 3, Ouvrier, comme artisan, avait le sens d'artiste. — 4. Phidias : grand sculpteur grec du siècle de Périclès. — 5. Zeuxis : grand peintre grec de la génération qui a suivi celle de Phidias. — 6. Lambris, revêtements des murs. — 7. Industrie, activité (sens étymologique : industria). — 8. Péages : droits de passage. — 9, Des deux personnages qui remplissent ce morceau, le plus important n’est pas en réalité celui qui occupe le plus de place : La Bruyère ne s’est étendu si longuement sur la description du palais de Zénobie que pour mieux faire ressortir l’orgueil du « parvenu », qui nese contente pas de la demeure d’une reine opulente. Son intention n'est pas d'’insister sur l’idée banale de la vicissitude de la fortune, mais de mettre en lumière le luxe insolent des « nouveaux riches », dont il avait bien des exemples sous les yeux.]
[10. D'après les clefs, La Bruyère aurait voulu représenter ici Mme de Montespan, qui allait souvent aux eaux de Bourbon soigner de prétendues maladies. — 44. En : aujourd’hui on emploie à devant les noms de villes. — — 412. Epidaure : ville de Grèce, où se trouvait un temple célèbre d’'Esculape, le dieu de la médecine. Des fouilles y ont été faites à la fin du xixe siècle, — 43. Recrue, harassée. — 14. À noter le contraste amusant entre la solennité du ton et la banalité de la réponse.]
430 LE XVIIe SIÉCLE
vient de faire. Elle dit qu’elle est le soir sans appétit; l'oracle lui ordonne de diner! peu. Elle ajoute qu'elle est sujette à des insomnies ; et il lui prescrit? de n'être au lit que pendant la nuit. Elle lui demande pourquoi elle devient pesante, et quel remède * ; l’oracle répond qu’elle doit se lever avant midi, et quelquefois se servir de ses jambes pour marcher, Elle lui déclare que le vin lui est nuisible : l’oracle lui dit de boire de l’eau; qu'elle a des indigestions : et il ajoute qu'elle fasse diète. « Ma vué* s’affaiblit, dit Irène. — Prenez des lunettes, dit Esculape. — Je m'affaiblis moi-même, continue-t-elle, et je ne suis ni si forte ni si saine que j'ai été. — C'est, dit le dieu, que vous vieillissez. — Mais quel moyen de guérir de cette langueur? — Le plus court, Irène, c’est dé mourir, comme ont fait5 votre : mère et votre aïeule. — Fils d’'Apollon, s’écrie Irène, quel conseil me donnez-vous ? Est-ce là toute cette science que les hommes publient, et qui vous fait révérer de toute la terre ? Que m'apprenez-vous de rare et de mystérieux : ) Et ne savais-je pas tous ces remèdes que vous m ‘enseignez ! ? — Que n’en usiez-vous donc, répond le dieu, sans venir me chercher de si loin, et abréger vos jours par un long voyage $ ? »
(Chap. xr : De l’homme.)