‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 282 sur 532 · IV. — MénaLque · texte numérisé non relu

IV. — MénaLque

[Ce portrait a figuré däns les Caractères à partir de la 6e édition, et s’est allongé dans les éditions suivantes.]

Ménalque * descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir; il la referme. Il s'aperçoit qu’il est en bonnet de nuit; et, vénant

[4. Diner : ïl s’agit ici du déjeuner. — 9. Remarquer là variété des expressions qu’emploie La Bruyère pour exprimer les deux idées dé demande et de réponse. = 3. Et quel remède : tour elliptique. — 4, L'emploi du style direct prévient la monotonie qu’aurait engendrée, en se continuant, le stylé indirect. — 5. Il ÿ a ici un anachronisme : l'invention des lunettes date di xm° siècle. — 6. Faire : voir p. 648, uote 10. — 7. Puablient, louent publiquement. — 8. Irène n’est pas une malade imaginaire, puisqu'elle souffre de maux réels: c’est plutôt une femme qui, aveuglée par son atfachement à la. vie, prend pour des maladies, qu’on peut guérir, les infirmités incurablés de la vieillessé.]

[9. Les clefs ont désigné le duc de Brancas comme l'original de Ménalque. Mais La Bruyère a accumulé dans ce portrait des traits enprinies à plusieurs

à mieux s’examiner, il se trouve rasé à moitié ; il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons, et que sa chemise est par-dessus ses chausses ‘.. Il entre à l'appartement ?, et passe sous un lustre où sa perruque s’accroche et demeure suspendue : tous les courtisans regardent et rient ; Ménalque regarde aussi et rit plus haut que les autres ; 1l cherche des yeux, dans toute l'assemblée, où est celui qui montre ses oreilles et à qui il manque une perruque.-S'il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré, il s'émeut, et 1l demande où il est à des passants qui lui disent précisément le nom de sa rue. Il entre ensuite dans sa maison, d’où il sort précipitamment, croyant qu'il s’est trompé. Il descend du Palais * ; et, trouvant au bas du grand degré‘ un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans... Une autre fois, il rend visite à une femme ; et, se persuadant bientôt que c’est lui qui la reçoit, ïl CE dans son fauteuil, et ne songe nullement à l’abandonner : il trouve ensuite que cette dame fait ses visites longues ; il ee à tous moments qu’elle se lève et Le laisse en Hate ue comme cela tire en longueur, qu'il a faim, et que la ut est déjà avancée, il la prie à souper : elle rit, et si haut qu'elle le réveille. Il a une fois perdu au jeu tout l'argent qui est dans sa bourse, et, voulant continuer de jouer, il entre dans son cabinet, ouvre une armoire, y prend sa cassette, en tire ce qu’il lui plaît, croit la remettre où il l’a prise : il entend aboyer dans son armoire qu'il vient de fermer ; étonné de ce prodige, il l’ouvre une seconde fois, et il éclate de rire d'y voir son chien, qu'il a serré pour sa cassette. Il joue au trictrac, il demande à boire, on lui en apporte ; c'est à lui à jouer : il tient le cornet ? d’une main et un verre de l’autre ; et comme il a une grande soif, il

personnages connus pour leurs distractions, au duc de Bonrbon, le père de son élève, à l'abbé de Mauroy, au prince de Conti, etc.

[4. Ses chausses, : voir p. 260, note 17. — 2. À l° ae de (du Roi), à Versailles. D'une façon plus précise, on appelait au xvue siècle l'appartement, d'après Saint- Simon, «le concours de toute la cour depuis sept heures du soir jusqu’à dix que le roi se mettait à table, depuis un des salons du bout de la grande galerie jusque vers la tribune de la ehapelle. » — 3. Du Palais : du Palais de Justice. — 4. Du grand degré, du grand escalier. — 5. I! s'établit, il s’installe confortablement. — 6. En — de quoi boire (voir p. 429, note 1). — 7, Le cornet : petit vase en cuir pour agiter les dés au jeu de trictrac.]

Ce

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avale les dés et presque le cornet, jette le verre d'eau dans le. trictrac, et inonde celui contre qui 1l joue. Et dans une chambre où il est familier, il crache sur le lit et jette son chapeau à terre, en croyant faire tout le contraire‘. Il se promène sur l’eau, et il demande quelle heure il est : on lui présente une montre; à peine l’a-t-il reçue, que, ne songeant plus ni à l'heure ni à ce montre, 1l la jette dans la rivière, comme une chose qui lembarrasse. Lui-même écrit une longue lettre, met de la poudre dessus à plusieurs reprises, et jette toujours la poudre dans l’encrier. Ce n'est pas tout : il écrit une seconde lettre; et après les avoir cachetées toutes deux, il se trompe à l'adresse; un ducet pair reçoit l’une de ces deux lettres, et, en l’ouvrant, y lit ces mots : Maître Olivier, ne? manquez, sitôt la présente reçue, de m'envoyer ma provision de foin... Son fermier reçoit l’autre, id

l’ouvre, et se la fait lire ; on y trouve : Monseigneur, j'a reçu avec une soumission aveugle les ordres qu’il a plu à Votre Gran- À deur3… | se

(De l’homme.) à

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