ALEXANDRE ET STATIRA
[Alexandre a épousé Statira, fille de Darius, qui était aimée du Scythe Oroondate et qui l’aimait elle-même. Le titre du roman, Cassandre, est le nom sous lequel se déguise Statira pendant une partie de l'ouvrage. Alexandre est représenté dans ce livre sous les traits d’un personnage galant, d’un honnête homme du xvn° siècle, qui aurait fréquenté la Chambre bleue d'Arthénice.]
[1. De ne me point éloigner, de ne me point quitter.]
2. À consulter. — René Kerviler : Marin le Roy de Gomberville (1856); Jean Desmarets de Saint-Sorlin (1879). — Rathery et Boutron : Melle de Scudéry 1873). — E. Seillière : Le romancier du Gd Condé: la Catprenède (Émile- Paul, 1921). — Charles Clerc : Un malamore de lettres. La vie tragi-comique de Georges de Scudéry (Éd. Spes, 1929).
3. Qui a laissé son frère signer seul ces romans, leur œuvre commune.
LE XVIIe SIÈCLE
Le Roi Alexandre à la Princesse Statira.
Le vainqueur des vôtres se laisse vaincre à vous seule, et vous seule pouvez ce que toute l'Asie a vainement essayé. Je rends les armes, belle Princesse, et je tire plus de gloire de ma défaite que je n’en ai tiré de toutes mes victoires; mais n’usez point
avec cruauté de celle que vous avez obtenue avec justice et ne.
traitez point en ennemi celui qui se déclare votre esclave.
Alexandre.
La Princesse Statira au Roi Alexandre.
La condition où je suis réduite a si peu de rapports avec celle
que vous me donnez, qu'il est malaisé que je conserve l’une et l’autre. Vous êtes encore invaincu, et vous serez toujours invincible, si vous ne l’êtes par d’autres armes que les miennes. La fortune de notre maison, ne m'ayant laissé des yeux que pour pleurer sa désolation, ne me permet pas de m'en servir à d'autre usage, ni de reconnaître autrement que comme mon vainqueur et mon maître celui dont je suis véritablement prisonnière.
LE Statira.
Le Roi Alexandre à la Princesse Statira.
Les maximes de l’amour et celles de la guerre sont tellement différentes que la condition de prisonnière de guerre et celle de maîtresse de mon âme ne sont pas incompatibles. Vous ne les conserverez pas longtemps ensemble, et vous perdrez bientôt la
première pour accepter la dernière. Nous en ferons un échange
et si vous ne dédaïgnez les vœux d’un roi qui meurt pour vous, je paierai bientôt le prix de votre liberté par celle
d'Alexandre. |
La Princesse Statira au Roi Alexandre.
C'est pour vous délasser des travaux de la guerre que vous vous amusez à l’entretien de vos captives ; je conserverai toujours
ce titre, me reconnaissant indigne de celui que mes malheurs ne
me permettent pas d'accepter, et je ne désirerai jamais ma liberté qu'avec celle des Reines ! et le repos de Darius : l'honneur que vous me faites ne me fera point oublier mes misères et n’effacera point de mon esprit le souvenir de ce que doit au grand Alexandre l’infortunée Statira.
(La Calprenède, Cassandre, 1"° partie, livre IV.)