MADAME DE CLÈVES REFUSE D'ÉPOUSER LE DUC DE NEMOURS
[M. de Clèves, encore plus attaché à sa femme après l’aveu loyal qu'elle lui a fait de sa passion pour le duc de Nemours, était mort du chagrin d’avoir sur d’ injustes soupçons douté un instant de sa vertu. Devenue veuve, la princesse de Clèves refuse d’épouser le duc de Nemours, qu’elle aime encore, pour les raisons qu'elle lui expose elle-même dans un entretien.]
Je crois devoir à votre attachement la faible récompense de ne vous cacher aucun de mes sentiments et de vous les laisser voir tels qu'ils sont. Ce sera apparemment la seule fois de ma vie que je me donnerai la liberté de vous les faire paraître ; néanmoins, je ne saurais vous avouer sans honte que la certitude de n’être plus aimée de vous comme je le suis me parait un si horrible malheur, que, quand! ; jen aurais point de raisons de devoir ? M on tables je doute si je pourrais me résoudre à m ‘exposer à ce ATOS Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont telles que le public n'aurait peutêtre pas sujet de vous blâmer, ni moi non plus, quand * nous nous engagerions ensemble pour jamais; mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces eng agements éternels ? dois-je espérer un miracle en ma faveur, et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité ?... — Ah) madame, reprit M. de Nemours, je ne saurais garder le silence que vous m’imposez; vous me faites trop d’injus-
[4. Quand, alors même que. — 2. De devoir, tirées du devoir. — 3. Quand, au câs où.]
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tice, et vous me faites trop voir combien vous êtes éloignée d'être prévenue en ma faveur. — J'avoue, répondit-elle, que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m’aveugler… Quand je pourrais re à cette sorte de malheur, pourrais-je m’accoutumer à celui de croire voir M. de Clèves vous accuser de sa mort, me reprocher de vous avoir aimé, de vous avoir épousé, et me faire sentir la différence de son attachement au vôtre ? Il est impossible, continua-t-elle, de passer par-dessus des raisons si fortes : il faut que je détente dans l’état où je suis et dans les résolutions que j'ai prises de n'en sortir jamais. — Hé! cro yez-vous le pouvoir, madame? s’écria M. de Nemours... — Je sais bien qu'il n’y a rien de plus-duffi-
cile que ce que ]; 'entreprends, répliqua Madame de. Glèves; Je-
me défie de mes forces au milieu de mes raisons ; ce que je br devoir à la mémoire de M. de Clèves serait faible s'il! n'était soutenu par l'intérêt de mon repos; et les-raisons de mon repos ont besoin d’être soutenues de? celles de mon devoir ; mails, quoique je me défie de moi-même, je crois que je ne ‘vaincrais jamais mes scrupules, et je n'espère pas aussi de surmonter
linclination que j'ai pour vous. Elle me rendra malheureuse, :
et je me priverai de votre vue, quelque violence qu il m'en coûte. Je vous conjure, par tout le pouvoir que 1e sur vous, de ne chercher aucune occasion de me voir... » (Madame de la Fayette, La Prose de Clèves, 4° partie.)
4° Romans divers et contes.
Aux romans précédemment cités il convient de joindre divers romans,
dans lesquels une part plus ou moins grande de réalité déjà se mêle aux
inventions imaginaires :
Les romans de Madame de Villedieu (1640-1683), au nombre de trente envi-*
ron, parmi lesquels Les Annales galantes, Le Journal amoureux, Les Mémoires de la
vie de Henriette-Sylvie de Molière (1672).
Les Lettres Portugaises, traduites en français par Guilleragues (1669), ‘dont l’auteur, connu seulement en 1810, était une religieuse franciscaine du couvent
[4. Il: emploi fréquent au xvne siècle du pronom personnel ti! à la place du neutre cela. — 2. De, par. — 8. Aussi: voir p. 369, note 4.]
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de Béja, Marianna Alcaforada, qui avait aimé un brillant officier français, M. de Chamilly, venu au Portugal en 1663.
Histoire amoureuse des Gaules (1665), de Bussy-Rabutin f, dont une cinquantaine d'années plus tard le comte Antoine Hamilton Lee le pendant : Les mémoires du chevalier de Gramont ou Histoire amoureuse de la cour d'Angleterre (1713).
Amusemenls sérieux et comiques (1699), de Dufresny.
Les Mémoires de M. d'Artagnan, capilaine lieutenant de la première compagnie des Mousquetaires du Roy, contenant quantité de choses parliculières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand (1700, 3 vol.), par Courtilz de Sandras.
Il faut signaler aussi des contes variés :
Gonres FANTASTIQUES : Histoire comique ou Voyage dans la lune (1659) et Histoire comique des États et Empires du Soleil (1662), de Cyrano de Bergerac ?.
Conres myrnoLogiques : Les Amours de Psyché et de Cupidon (1669), de La Fon taine.
Contes moraux : Les Aventures de Télémaque (1699), Fables et Dialogues des morts, de Fénelon. | Coxres pe rées 3 : Histoires ou Contes du temps passé. Contes de ma mère l'Oÿye, “de Charles Perrault (parus en 1697 sous le nom de son fils P. Darmancour Perrault d'Armancour], âgé de dix ans). — Les Illustres fées (1698), de Madame d’Aulnoy.
… 4. À consulter. — E. Gérard- -Gailly : Un académicien grand seigneur et libertin “au XVIIe siècle, Bussy-Rabutin, sa vie, ses œuvres et ses amies (E. Champion, 1909): 2. Cyrano de Bergerac, dont le drame célèbre d'Edmond Rostand a fait revivre Ja folle bravoure et la verve spirituelle, est une figure très curieuse de notre histoire littéraire. Né en 1620, il mourut en 1655, blessé par une pièce de bois jetée par inadvertance au moment où il entrait à l'Hôtel du duc d’Arpajon. Auteur d’une tragédie Agrippine et d'une comédie Le pédani joué, dont Molière s'est inspiré dans Les Fourberies de Scapin (scène des galères), il est surtout connu par sa double Histoire comique, œuvre d'une imagination étrange, qui a vraisemblablement donné à Fontenelle l'idée de ses Entretiens sur la pluralité des mondes, à Voltaire celle de son Micromégas, à Swift celle des Voyages de. Gulliver, et peut-être même à Montgolfier celle des ballons, dont le principe a été ainsi posé a Cyrano : «remplir un globe creux et très mince d'un air très subtil ou d’une fumée d’un poids moindre que celui de l'atmosphère. » … Editions. — OÆEuvres complètes de Cyrano de Bergerac, par P. L. Jacob (Bibliothèque Gauloïise, Paris, Delahays, 1858, 2 vol.); Cyrano de Bergerac, par Remy de Gourmont (Coll. des plus belles pag. , Soc. du Merc. de Fr., 1908). — +. Lachèvre : Les œuvres libertines de Cyrano de Péigéue (E. Champion, 1922, 2 vol.). … À consulter. — Théophile Gautier : Les Grotesques, Saint-Amant, Cyrano, Scarron (1844). — V. Fournel : La littérature indépendante et les écrivains oubliés “du XVI siècle (1862, chap. n : Cyrano). — P. Brun : Savinien de Cyrano de Bergerac, sa vie et ses œuvres (1893); Savinien de Cyrano de Bergerac, gentilhomme parisien, l'histoire et la légende, de Lebret à Rostand (1908). — L.-R. Lefèyre : La vie “de Cyrano de Bergerac (Gallimard, 1927).
3. À consulter. — Émile Montégut : Des fées et de leur littérature en France (Revue des Deux Mondes, 1e avril 1864). — Arvède Barine : Les Contes de Perè