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MÉTAMORPHOSE D'UN BERGER EN SAULE

[Lysis est un jeune bourgeois de Paris qui a eu la tête tournée par ses lec-. tures et s’est fait berger, pour vivre à la manière d’un héros de roman : il mène paître sur les bords de la Seine une douzaine de brebis galeuses, tout en mou- 1 rant d'amour pour sa bergère, qu'il appelle du doux nom de Charite, et qui est . en réalité ane jeune fille rencontrée à Paris, de taille plantureuse et modeste: « ment nommée Catherine. |

Le épisode le plus amusant du roman de Ch. Sorel est celui où Lysis refuse de sortir d’un'saule creux, où il est tombé en voulant attraper son chapeau sus- Ne pendu à une branche, sous prétexte qu'il a été métamorphosé en arbre comme … les amants des antiques légendes.] 4

On ne lui voyait plus que la tête et les bras, qu'il étendit… d'un côté et de l’autre pour empoigner deux grosses branches,“ et étant en cette posture il commença à s’écrier ainsi : « Il n’y faut plus songer, Clarimond, la chose est faite : en vain vous | délibérerez de quelle sorte je serai métamorphosé. Mon destin a voulu que je fusse changé en arbre. Ah! Dieu! je sens mes” jambes qui s’allongent et, se changeant en racines, se prehued dans la terre. Mes bras sont maintenant des branches, et mess doigts des rameaux. Je vois déjà les feuilles qui en sortent. Mes. os et ma chair se changent en bois, et ma peau se durcit et s change en écorce. O anciens amants, qui avez été métamorph sés, je serai désormais de votre nombre, et ma mémoire vivra éternellement avec la vôtre dedans les ouvrages des poètes. O. vous, mes chers amis, qui êtes ici, recevez mes derniers adieux; * je ne suis plus au rang des bots »

. &« Ah! mon maître, dit Carmelin, vous vous abusez; vou avez le visage aussi beau que vous eütes jamais. Sortez seuls ment, ét vous verrez que vous êtes encore un homme. Voilà” votre chapeau qui est là-haut entre ces branches. Je m'en vai l’abattre d’un coup de houlette : ne voulez-vous pas que je vous. le donne sur votre tête? Vous la morfondez fort. — Hélas! ce. que tu prends pour une tête humaine est le gros bout de ma. tige. On n’a pas accoutumé de la couvrir ni avec un chapeau ni avec un bonnet de nuit; car cela l’empêécherait de croître. I faut maintenant que je sois à l’air. — Pourquoi ne To

plus avoir de tête ? reprit Carmelin. Ne vois-je pas vos cheveux qui sont frisés comme la laine d’un de nos moutons? — Tu te trompes, mon ami, repartit Lysis, ce ne sont plus des cheveux, ce n'est rien que de la mousse. »

[Ne pouvant le décider à sortir de l'arbre, ses amis allument un feu près du saule ; mais comme la fumée commençait à l’aveugler sans qu'il fit mine de s’en aller, ils éteignent le feu et vont chercher un bücheron pour couper le saule.]

(Ch. Sorel, L’Anti-Roman

ou Le Berger extravagant, livre v.)

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