‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 305 sur 532 · INVOCATION A LA MUSE · texte numérisé non relu

INVOCATION A LA MUSE

… Je chante cet homme? pieux, ne

Qui vint, chargé de tous ses dieux i

Et de monsieur son père Anchise,

Beau vieillard à la barbe grise,

Depuis la ville ? où les Grégeois ‘

Occirent tant de bons bourgeois , |

Jusqu'à celle $ où le pauvre Rèmef=, 4

Fut tué par son frère ? même, 4

Pour avoir, en sautant, passé Ta A

De l’autre côté d’un fossé.

Junon, déesse acariâtre, 3

Autant ou plus qu’une marâtre, |

Lui fit passer de mauvais jours,

Et lui fit force vilains tours,

Dont bien souvent, quoique très sage,

Il se souffleta le visage ;

Mais enfin, conduit du destin,

Il eut dans le pays latin

Quinze mille livres de rente,

Tant plus que moins, que je ne mente,

Et, sans regretter [lium,

Fut seigneur de Lavinium,

Dont, depuis, sa race, par guerre,

A fait une assez bonne terre.

C'est de là que nous sont venus

Les pères Albaïins si connus ;:

De 1à, Rome, la belle ville,

Trois fois plus grande que Séville.

Petite muse au nez camard,

Qui m'as fait auteur goguenard,

Et qui, quoique mon mal empire,

Me fais pourtant quelquefois rire,

4. Remplacés en 1701 par un perruquier et une perruquière. [2. Enée. — 3. Troie. — 4, Les Grecs. — 5. Rome. — 6. Rémus, 7. Romulus, — 8. Allusion à ses souffrances (voir p. 496, note 2).]

Dis-moi bien comment, et pourquoi Junon, sans honneur et sans foi, Persécuta ce galant homme,

Sans lequel nous n’aurions pas Rome.

(Scarron, L’Enéide travestie, chant I.)

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