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PROVOCATION

Chapelain a été outragé par La Serre, qui lui a enlevé sa perruque. Trop àgé | écrire, il a confié à son disciple Cassaigne le soin de le venger par sa plum

CASSAIGNE

A moi, La Serre, un mot.

La SERRE. | Parle.

CASSAIGNE. | Ote-moi d’un doute.

Connais-tu Chapelain ? | FER La SERRE. + Oui. | CASSAIGNE. ; FF Parlons bas, écoute.

[4. I1 ÿy a dans ce morceau des réminiscences des imprécations de Dic L Enéide, 1v. 381-386), de celles de Camille (Horace, IV, 40 et de celles J: mione (Andromaque, IV, 5).]

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, Et l’effroi des lecteurs de son temps ? Le sais-tu ?

La SERRE.

Peut-être.

CASSAIGNE

La froideur qu'en mon style je porte,

Sais-tu que je la tiens de lui seul ?

La SERRE.

Que m'importe ?

CASSAIGNE

A quatre vers d'ici je te le fais savoir.

La SERRE.

Jeune présomptueux !

CASSAIGNE

Parle sans t’émouvoir.

Je suis jeune, il est vrai, mais, aux âmes bien nées, La rime n'attend pas le nombre des années.

La SERRE.

Mais t’attaquer à moi! Qui t'a rendu si vain, Toi, qu'on ne vit jamais une plume à la main? CaASSAIGNE.

Mes pareils avec toi sont dignes de combattre, Et pour des coups d'essai veulent des Henri IV‘! La SERRE.

Sais-tu bien qui je suis ?

CASSAIGNE

Oui, tout autre que moi, En comptant tes écrits, pourrait trembler d’effrot. Mille et mille papiers, dont ta table est couverte, Semblent porter écrit le destin de ma perte.

{4. Allusion au poème de Cassaigne Henri 1V.]

J’attaque en téméraire un gigantesque auteur ; Mais j'aurai trop de force, ayant assez de cœur. Je veux venger mon maître ; et ta plume indomptable, Pour ne se point lasser, n’est point infatigable..…

La SERRE.

Retire-toi d'ici.

CAsSSAIGNE.

Hâtons-nous de rimer.

La Serre.

Es-tu si prêt d'écrire ?

CASSAIGNE. Es-tu las d'imprimer ?

La SERRE.

Viens, tu fais ton devoir. L’écolier est un traître, Qui souffre sans cheveux la tête de son maître.

(Boileau, Chapelain décore scène v. 7.

5 Il. — LA PEINTURE RÉALISTE.

La littérature burlesque ne déformait pas moins la réalité, en la caricaturant, que la littérature héroïque et précieuse, en l’idéalisant, Mais entre ces deux excès se place la littérature réaliste proprement dite, qui, délaissant à la fois l’imitation fastidieuse de l’antiquité et les fantaisies

extravagantes de l’imagination, s’en tient, dans le roman et la poésie, de :

l'observation exacte de la réalité.

1° Le roman réaliste.

Le roman, cessant d’être romanesque, est devenu la peinture fidèle de la vie. Et dès lors, au lieu de transporter toujours le lecteur dans le milieu de la haute société (car les bergers eux-mêmes de -d’Urfé sont, de son propre aveu, non pas des villageois, mais des gens du monde en vil- …

4. À consulter. — A. Lebreton : Le roman au XVIIe siècle (Hachette, 1890). — P. Morillot : Le roman en France depuis 1610 jusqu'à nos jours (Masson, 1894). — G. Reynier : Les origines du roman réaliste au XVIIe siècle (ee chette, 1912); Le roman réaliste au XVIIe siècle (Hachette, 1914).

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légiature à la campagne), il l’introduit plutôt dans le milieu bourgeois et même populaire.

Les plus célèbres romans réalistes du xvri* sièclé sont :

La vraie histoire comique de Francion, en laquelle sont découvertes les plus subtiles finesses ei trompeuses inventions tant des hommes que des femmes de loutes sortes de conditions et d'âges, non moins profilable pour s'en garder que plaisante à la lecture, de Charles Sorel 1 (1622) ;

Le Page disgracié, où l'on voit de vifs caractères d'hommes de tous tempéraments et de toutes professions, de Tristan L’'Hermite ? (1643) ;

Le Roman comique, de Scarron ? (1651);

Le Roman bourgeois, d'Antoine Furetière # (1666).

. Charles Sorel peint dans L'Histoire comique de Francion un monde bigarré de grands seigneurs débauchés, d'avocats, de juges, de pédants de collège, de charlatans, d’aventuriers, de paysans... : tous personnages dont on pouvait alors rencontrer les exemplaires vivants à Paris ou en province. Le Page disgracié est une véritable autobiographie, dans laquelle Tristan L’Hermite raconte les aventures de sa jeunesse. Dans Le Roman bourgeois Furetière décrit surtout le monde du palais; ses types sont également copiés d’après nature, parmi les habitants de la Place Maubert où il avait vécu ; ce sont tous des gens de condition médiocre. Dans Le Roman comique Scarron nous présente une troupe d’acteurs au cours d’une tournée en province, et nous introduit à l’occasion dans des intérieurs bourgeois et dans les milieux mal fréquentés des tavernes et des tripots; c’est le récit d'événements réellement arrivés au Mans aux environs de l’année 1635, et les personnages sont à tel point authentiques qu'on est parvenu à en retrouver les noms.

4. Charles Sorel (1599-1674) n’a pas seulement écrit Le Berger extravagant et L'Histoire comique de Francion ; il est aussi l’auteur d'ouvrages de critique : La Bibliothèque française (1644) et le Traité de la connaissance des bons livres (1671).

Editions. — La vraie histoire comique de Francion (Paris, Delahays, 1888 ; Garnier, 1877); éd. critique par E. Roy (Soc. des textes franç. mod., 2 vol., 1924-26).

À consulter. — E. Roy : La vie et les œuvres de Ch. Sorel (1891). .

: 2. Tristan L'Hermite (1601-1655) a composé également des tragédies (voir : p. 635).

Editions. — Le page disgracié, par Auguste Dietrich (Bibliothèque elzévirienne, Plon-Nourrit, 1898). — Tristan L'Hermite (Collection des plus belles pages, Société du Mercure de France, 1909).

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