LE MELON
C’en est fait, le voilà coupé,
Et mon espoir n’est point trompé.
O Dieux ! que l'éclat qu’il me lance M'en confirme bien l'excellence |
Qui vit jamais un si beau teint ?
D'un jaune sanguin il se peint ;
Il est massif jusques au centre,
Il a peu de grains dans le ventre,
Et ce peu-là, je pense encor
Que ce soient* autant de grains d’or; Il est sec, son écorce est mince ; Bref, c’est un vrai manger de prince ;
[4 Caves, enfoncés. — 2. Batlus, cernés.] . ]3. Que ce soient : cette construction avec le subjonctif ne serait pas correcte aujourd hui.]
Mais, bien que je ne le sois pas, J'en ferai pourtant un repas.
Non, le coco, fruit délectablé, - Qui lui tout seul fournit la table = De tous les mets que le désir
Puisse imaginer et choisir, …
Ni le cher abricot, que j aime,
Ni la fraise avecque ! la crème,
Ni la manne? qui vient du ciel,
Ni le pur aliment du miel,
Ni la poire de Tours sacrée,
Ni la verte figue sucrée,
Ni la prune au jus délicat,
Ni même le raisin muscat
(Parole pour moi bien étrange?)
Ne sont qu'amertume et que fange Au prix de ce melon divin
Honneur du climat angevin…
(Saint-Amant.)