‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 317 sur 532 · LE REPAS RIDICULE · texte numérisé non relu

LE REPAS RIDICULE

.. Cependant on apporte un potage“.

Un coq y paraissait en pompeux équipage”, Qui, changeant sur ce plat et d'état et de nom, Par tous les conviés s’est appelé chapon.

Deux assiettes suivaient, dont l’une était ornée D'une langue en ragoût de persil couronnée ; L'autre d’un godiveau ? tout brülé par do

[A. Avecque : voir p. 335, note 3. — 2, La manne : nourriture que Dieu, d’après le récit de la Bible, envoya miraculeusement aux Israélites dans le désert. — 3. Saint-Amant avait un faible pour ce fruit.]

[4. Potage : ce mot ne désignait pas, comme aujourd’hui, le bouillon seule- | ment, mais tout ce qui cuit dans le pot-au-feu, bouillon, viandes et légumes. —. 5. En pompeux équipage, solennellement présenté, — 6. S'est appelé : au lieu da. réfléchi on emploierait aujourd'hui le passif a été appelé. — 7. HAS pe chaud, composé de viandes hachées, de champignons, etc...]

Dont un beurre gluant inondait tous les bords. J’allais sortir enfin, quand le rôt a paru.

Sur un lièvre flanqué de six poulets étiques! S’élevaient trois lapins, animaux domestiques, Qui, dès leur tendre enfance élevés dans Paris, Sentaient encor le chou dont ils furent nourris. Autour de cet amas de viandes entassées Régnait un long cordon d'alouettes pressées, Et sur les bords du plat six pigeons étalés Présentaient pour renfort leurs squelettes brülés. À côté de ce plat paraissaient deux salades, L'une de pourpier? jaune, et l’autre d'herbes fades, Dont l'huile de fort loin saisissait l’odorat, Et nageait dans des flots de vinaigre rosat *.…

Sur ce point*, un jambon d'assez maigre apparence Arrive sous le nom de jambon de Mayence.

Un valet le portait, marchant à pas comptés, Comme un recteur suivi des quatre facultés 5. Deux marmitons crasseux, revêtus de serviettes, Lui servaient de massiers °, et portaient deux assiettes, L'une de champignons avec des ris de veau, Et l’autre de pois verts qui se noyaient dans l’eau.

(Boileau, Satire IIL.)

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