UN MÉNAGE D’AVARES
.… Voilà nos deux époux’, sans valets, sans enfants, Tout seuls dans leur logis libres et triomphants.
[4. Étiques, décharnés. — 2. Pourpier : herbe aux feuilles charnues, dont la variété dite pourpier commun, à fleurs jaunes, est mangée comme salade. — 3. Vinaigre rosat, vinaigre de vin rouge. — 4. Sur ce point, à ce moment. — 5. Les quatre facultés étaient : la Théologie, la Médecine, le Droit et les Arts (Lettres et Sciences). — 6. Massiers : dans les grandes cérémonies universitaires, le recteur était précédé d’huissiers portant des masses, bâtons surmontés d’une boule d’argent.] È
[7. Le couple, dont il est ici question, était le lieutenant criminel Tardieu et sa femme, que Racine aurait, dit-on, voulu désigner dans Les Plaideurs sous le nom de la pauvre Babonnette, épouse défunte de Dandin. Tallemant des Réaux
PRAUNSCHVIG, —— NOTRE LITTÉRATURE, 17
Alors on ne mit plus de borne à la lésine! :
On condamna la cave, on ferma la cuisine; .
Pour ne s’en point servir aux plus rigoureux mois,
Dans le fond d’un grenier on séquestra ? le bois.
L'un et l’autre dès lors vécut à l'aventure.
Des présents qu’à l'abri de la magistrature
Le mari quelquefois des plaideurs extorquait#,
Ou de ce que la femme aux voisins escroquait*. : Mais, pour bien mettre ici leur crasse en tout son lustre,
IL faut voir du logis sortir ce couple illustre :
dans ses Historiettes et Guy Patin dans sa Correspondance ont souvent parlé de ces deux personnages célèbres par leur avarice sordide et par leur fin tragique (ils furent assassinés par des voleurs lé 24 août 1665). Boileau leur avait déjà consacré un passage de son Dialogue des Héros de roman (1665) : Pruron, — ... Mais où est Rhadamante?
Mixos. — Qui ? Rhadamante ? Il est allé dans le Tartare pour y voir entrer : un lieutenant criminel nouvellemént arrivé de l’autre monde, où :il a, dit-on,
été, tant qu'il a vécu, aussi célèbre par sa grande capacité dans les affaires de
judicature, que diffamé pour son excessive avarice;
Prurox. — N'est-ce pas celui qui pensa se faire tuer une seconde fois, pour une obole qu'il ne voulut pas payer à Caron en passant le fleuve ? Mios. — C'est celui-là même. Avéz-vous vu sa femme ? C'était une chose à
peindre que l'entrée qu'elle fitici. Elle était couverte. d’un linceul de satin.
Pruron. — Comment! de satin ? Voilà une grande magnificence.
Minos. — Au contraire, c’est une épargne : car tout cet accoutrement n'était autre chose que trois thèses cousues ensemble, dont on‘avait fait présent à son mari en l’autre monde. O la vilaine ombre ! Je crains qu’elle n’empeste tout l’enfer. J'ai tous les jours les oreilles rebattues de ses larcins. Elle vola avanthier la quenouille de Clothon..
[1. Lésine, économie mesquine. — 2, Séquestra : comme il s’agit d’un magistrat, Boileau emploie spirituellement ici un terme de la langue juridique. — 3. À l'abri de la magistrature, à titre de magistrat. — 4, Tallémant des Réaux
raconte qu'ayant un jour à juger un procès entre deux rôtisseurs, le lieutenant Tardieu leur demanda à chacun deux couples de poulets et donna gain de cause à celui qui avait joint un dindonheau à l’envoi des poulets, en disant à l’autre : « La cause de votre partie était meilleure de la valeur d'un dindonneau ». —