‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 320 sur 532 · I. — LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES · texte numérisé non relu

I. — LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES

1° Sa méthode.

C’est dans la deuxième partie du Discours de la méthode pour bien con-

duire sa raison el chercher la vérité dans les sciences (687) que Des- |

4. Voir V. Delbos : La philosophie française (Plon-Nourrit, 1919). 2. Biographie. — René Descartes est né en 1596 à la Haye, en Touraine.

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cartes a défini les quatre règles essentielles auxquelles doit s’astreindre esprit PEU parvenir à la vérité.

La première rejette la méthode d'autorité, qui avait régné dans la scolastique du moyen âge et survivait encore au xvr1® dicle, et prescrit à sa place la méthode de libre examen : L

« Le premier (précepte) était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle, c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. »

La deuxième recommande l’emploi de l’analyse, et la troisième celui de la synthèse :

« Le second précepte, de diviser chacune des difficultés que

On distingue trois périodes dans sa vice: celle des études au collège de la Flèche (1604-1612); celle des voyages (1613-1629)(c’est dans la nuit du 10 novembre 1619, au cours de sa campagne d'Allemagne, qu'enfermé dans un poële — on appelait ainsi une chambre à poële — il eut la révélation de sa méthode : il lui sembla dans un rêve, que « du haut du ciel l'esprit de vérité descendait en lui ») ; celle du séjour en Hollande, où il resta vingt ans (1629-1649), et où il eut pour élève préférée la princesse Elisabeth, fille aînée de l'électeur palatin Frédéric V, roi de Bohème. L'Université d'Utrecht, puis celle de Leyde, lui ayant cherché querelle en l'accusant d’athéisme, Descartes finit par céder en 1649 aux instances de la reine Christine de Suède et se rendit à Stockholm, où il mourut le 11 février 1650.

Œuvres.— Les principaux ouvrages publiés de son vivant sont: Discours de la méthode (1637) ; Méditations métaphysiques (1641); Principes de philosophie (1644) ; Traité des passions (1649). Aprèssa mortparurent : Traité de l’homme (1662); Traité du monde (1664) ; Correspondance (1667) ; Regulae ad directionem ingenü (1701).

Editions. — (Œuvres complètes de Descartes, éd, Victor Cousin (1824-1826, 11 vol.); édition dite du centenaire, par Charles Adam et Paul Tannery (1897- 1909, Paris, Léopold Cerf, 11 vol.).

Le Discours de la Méthode, annoté par E. Rabier (Delagrave, 15e édition, 1918).

À consulter. — Francisque Bouillier : Hisloire de la philosophie cartésienne (1854). — Liard : Descartes (1882, Germer Baillière). — Krantz : L’esthétique de Descartes (1882). — A. Fouillée : Descartes (Coliection des grands écrivains français, Hachette, 1893). — F. Brunetière : Etudes critiques (tome IIT : Descartes et la liliérature classique ; tome IV : J'ansénistes et cartésiens). — G. Lanson : Hommes et livres (1895, chap. : Le héros cornélien et le généreux selon Descartes) ; L'influence de Descartes dans la litiéraiure française (Revue de Métaphysique et de Morale, numéro de juillet 1896-entièrement consacré à Descartes en l'honneur du 3e centenaire de sa naissance). — P. Landormy : Descartes (Collection : les Philosophes, Delaplane 1902). — Louis Dimier : Descartes (Nouvelle Librairie nationale, 1917) — G. Milhaud: Descartes savant (Alcan, 1921).

j'examinerai en autant de parcelles qu'il se coirrals et qu 2 serait requis pour les mieux résoudre. »

«Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en com-. mençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter peu à pes et comme par degrés j jusqu à la connaissance des plus composés; et supposant même de l'ordre

entre ceux qui ne se précèdent pas naturellement les uns les autres. »

La quatrième contient un appel à l'expérience :

« Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et 15 revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre. »

Armé de ces règles, Descartes après avoir mis systématiquement et provisoirement en doute toutes les opinions reçues jusque-là dans son esprit (à l’exception cependant des opinions religieuses, politiques et morales), essaye de reconstruire l’édifice de sa vie intellectuelle, en s’appuyant sur la première proposition certaine qu’il rencontre : « Je pense, donc je suis. » |

20 Sa morale.

En attendant d’avoir édifié une science nouvelle sur des bases inébran-

lables, il faut vivre et par conséquent adopter une ligne de conduite qui soit à l’abri du doute et de la discussion : c’est « la morale provisoire », contenue en quatre maximes, que Descartes a formulées dans la troisième partie du Discours de la Méthode.

La première est une acceptation docile de la tradition religieuse et de l'autorité politique, et, d’une façon plus générale, l’adhésion en toutes choses aux opinions communes les plus raisonnables et les plus modérées :

« La première était d’obéir aux lois et aux coùtumes de mon

pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m'a ‘

fait la grâce d’être instruit dès mon enfance, et me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions . plus modérées et les plus éloignées de l'excès qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels fans à VIVre... »

LE MOUVEMENT PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE d19

La deuxième est la décision de persévérer dans la voie qu’on a une fois choisie :

« Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très-assurees....»

La troisième, d'inspiration toute stoïcienne, conseille la résignation à l’inévitable et la maîtrise de soi :

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde, et généralement de m’accoutumer à croire qu'il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nou réussir est au regard de nous absolument impossible... »

La quatrième place le bonheur avant tout dans l’exercice de l’intelligence et la poursuite de la vérité :

« ...Je pensai que je ne pouvais mieux que d'employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m'avancer autant que je pourrais en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m'étais prescrite... »

3° Ses théories scientifiques.

Signalons, parmi les théories scientifiques de Descartes, celles qui intéressent à quelque degré la littérature, soit que certaines œuvres. y aient fait allusion ou que la langue elle-même en ait gardé la trace, soit qu’elles contiennent d’intéressantes explications psychologiques ou permettent de curieux rapprochements littéraires, soit qu’elles aient été un objet de polémique entre les écrivains.

a) Les tourbillons.

D’après Descartes, comme il n’y a pas de vide (car, la matière se définissant par l’étendue, il n'existe pas détendue qui ne soit matérielle

tout mouvement réel est circulaire, ou, selon son expression, se produit

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sous forme de tourbillons. En effet, si tout est plein, un corps ne pout se … mouvoir dans l’univers qu’à la condition de pousser devant lui une partie de matière qui à son tour en poussera une autre, et ainsi de suite,

jusqu’à ce que la portion de matière qui était derrière le: COF Se soit venue prendre sa place. 3

b) La matière subtile.

La matière, qui remplit tout l’espace (puisqu'il n’y a pas de vide), sc

présente avec des densités inégales. Descartes distingue trois espèces de

matière : l’une plus dense (la terre), une autre de nature gazeuse qui forme les atmosphères, et enfin ce qu'il appelle la matière subtile, qui remplit tous les espaces entre les planètes et aussi tous les HRIÉESRÇe entre les particules des corps ?.

Molière, dans Les Femmes savantes (A. III, Sc. 2) a fait allusion aux deux théories précédentes de Descartes, ainsi qu’à sa théorie de l’aëmant (un des éléments constitutifs de la terre) et à celle des mondes tombants (étoiles filantes et comètes) :

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