‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 321 sur 532 · PHILAMINTE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE

Moi, ses mondes tombants.

c) Les esprits animaux ef les passions.

Les esprits animaux sont, pour Descartes, des parties plus légères du

sang, qui, très petites et se déplaçant avec rapidité à travers les nerfs,

sortes de tubes creux, mettent en communication, d’une part, le cerveau

4. Ainsi s'expliqueraient notamment les révolutions des planètes : non car-

tésienne qu'a ruinée l'hypothèse de Newton sur l'attraction.

2. Devançant par unc intuition géniale les découvertes de la physique mo-

derne, Descartes explique la chaleur, la lumière, les qualités apparentes de la

matière par des agitations dé la malière subtile, qui, influençant nos organes, nous donnent l'impression des qualités sensibles. Cette matière subtile n'est. pas

autre chose que l’éther des physiciens modernes, :

avec les muscles des membres et, d’autre part, les organes des sens avec le cerveau, permettant ainsi à l’âme, — qui réside, d’après lui, dans la partie du cerveau appelée glande pinéale —, de mouvoir le corps et de recevoir l'impression des objets extérieurs. Ces explications physiologiques de Descartes ont vieilli ! ; mais un souvenir en est resté dans les expressions : « perdre, reprendre ses esprits »..

C’est par l’agitation des esprits animaux que Descartes expliquait aussi la naissance des passions, qui résultent, d’après lui, d’une action du cerveau sur le cœur et du cœur sur le cerveau. Théorie qui renfermait en germe la plus récente explication qu’on a donnée de l’émotion?.

Et, — conséquence morale de cette explication cartésienne des passions par l'intervention des esprits animaux, — si nous ne sommes pas maitres de commander à notre cœur (puisque les mouvements des esprits échappent à nos ordres), nous pouvons du moins avoir prise sur nos passions d’une manière indirecte, non pas en rompant le lien qui unit les mouvements du cœur aux idées, mais en suscitant volontairement des idées qui annulent cette action du cœur ou la dirigent dans le sens que nous désirons. Conception psychologique du pouvoir souverain de la volonté, qui concorde, comme l’a fait remarquer M. Lanson *, avec celle du théâtre cornélien.

d) Les bêtes-machines.

La théorie cartésienne de l’automatisme des bêtes reposait sur trois

principaux arguments, qui se trouvent dans la cinquième partie du Discours de la Méthode :

4. Cependant, si l'on a substitué à la glande pinéale les centres moteurs et sensitifs et au jeu des esprits animaux le courant nerveux, on retrouve dans l’explication proposée par Descartes des rapports de l’âme et du corps l'indication du double mouvement centripète et centrifuge, aujourd’hui reconnu, des organes des sens aux centres sensitifs et des centres sensitifs aux centres moteurs.

2. Celle-ci, d’après le psychologue américain William James, n’est que la conscience des phénomènes organiques (tensions et contractions musculaires, modifications vaso-motrices )provoqués en nous de façon réflexe par la représentation d’un objet. « Le sens commun, dit-il, s'exprime ainsi : nous avons perdu notre fortune, nous sommes tristes et nous pleurons ; nous rencontrons une bête féfoce, nous sommes effrayés et nous courons ; nous sommes insultés, nous nous mettons en colère et nous frappons. La vérité est qu'il faut changer cet ordre de séquence. L'ordre véritable est celui-ci : c’est parce que nous pleurons que nous nous sentons tristes, c'est parce que nous frappons que nous sommes en colère, et parce que nous tremblons que nous avons peur. »

3. G. Lanson : Le héros cornélien et le généreux selon Descartes (voir la biblio-

graphie p. 517).

1° « Les animaux n’ont pas de langage ; et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu’elles n’en ont point du tout ; car on voit qu'il n’en faut que fort peu pour savoir parler. Il n’y a point d'hommes si hébétés et si stupides qu'ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses paroles; et au contraire il n’y a point d'animal, tant parfait et tant heureusement né quil puisse être, qui en fasse-autant. »

29 « Les mêmes animaux qui accomplissent avec perfection certains actes sont incapables d’adapter les moyens merveilleux dont ils disposent à la production d’actes légèrement différents : de sorte que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit, car à ce compte ils en auraient plus qu'aucun de nous et feraient mieux en toutes choses, mais prouve plutôt qu’ils n’en ont point, et que c’est la nature qui agit en eux, selon la disposition de leurs organes, ainsi qu’on voit qu'une horloge, qui n’est composée que de roues et de ressorts, peut compter les heures et mesurer le temps plus justement que nous avec notre prudence. » :

3° « Après l’erreur de ceux qui nient Dieu, il n’y en a point qui éloignent plus les esprits du droit chemin de la vertu que d'imaginer que l’âme des bêtes soit de même nature que la nôtre et que par conséquent nous n’avons rien à craindre ni à espérer après cette vie non plus que les mouches et les fourmis. » :

Cette dernière raison se trouve précisée dans une lettre de Descartes

Si les bêtes pensaient comme nous, elles auraient une âme immortelle, à cause qu’il n’y a point de raison pour le croire de quelques animaux, sans le croire de tous, et qu'il y en a plusieurs trop imparfaits, pour pouvoir croire cela d’eux, comme sont les huitres, les éponges, etc... » à

Nulle thèse de Descartes n’a eu plus de retentissement au xvu® siècle. Nombre de philosophes et de théologiens (Malebranche, — qui, dit-on, s’amusait à battre sa chienne sous prétexte qu’elle ne sentait rien, — Pascal, Port-Royal) l’acceptèrent avec empressement, parce qu'ils voyaient dans cette hypothèse un moyen commode d’ ne à la question embarrassante que pose l’âme des bêtes : car, s’il n’y a qu’une différence de degré entre l’homme et l’animal, ne faut-il pas ou leur accorder à tous deux la survivance immortelle, ou tous deux les rogarder comme de simples mécanismes voués à l’anéantissement ? Mais des gens du monde et des écrivains (Me de Sévigné, Mlle de Scudéry, La Fontaine) repoussèrent avec indignation la théorie cartésienne pour des raisons sentimentales.

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