IT. — PASCAL SAVANT
Dans le célèbre portrait qu’il a tracé de Pascal, Chateaubriand (Le Génie du Christianisme, 3° partie, IT, 6) a particulièrement insisté sur la.
4. Pour la biographie et la bibliographie complète de Pascal voir p.. 582-584.
Edition. — OEuvres complèles de Pascal, publiées par L. Brunschvicg et P. Boutroux (Collection des Grands Écrivains de la France, Hachette).
A consulter.— Nourrisson : Pascal physicien et philosophe (Perrin, 2e édit,, 1888). — À. Maire : L'œuvre scientifique de Pascal (Paris, Hermann, 1912).
. \ . . , TM + PI * . Q précocité extraordinaire et l’étonnante variété de son génie scientifique :
IL y avait un homme qui à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l’antiquité ; qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement ; qui à vingt-trois ans démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air et détruisit une des grandes erreurs de l’ancienne physique ; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s’aperçut de leur néant et tourna ses pensées vers la religion ; qui depuis ce moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort ; enfin, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal.
Cette page résume admirablement l’activité scientifique de Pascal. En rappelant qu’il retrouva tout seul le premier livre de la géométrie jusqu’à la 32° proposition d’Euclide (la somme des angles d'un triangle est égale à deux angles droits), Chateaubriand aurait pu ajouter qu’au même âge il avait écrit, d’après le témoignage de sa sœur Me Périer, un Traité sur le son, dont l’idée lui était venue un jour qu’à table quelqu'un avait frappé un plat de faïence avec un couteau et avait arrêté le son en y mettant la main dessus. Il alliait déjà à la force de déduction logique l'habitude et le goût de l’observation. — L’Essai sur les coniques, dont Chateaubriand fait un si grand éloge, après avoir été déclaré par Descartes sans originalité, fut plus tard très admiré par Leibniz. — La machine arithmétique (dont le dernier modèle approuvé par Pascal se trouve aujourd’hui au Conservatoire des Arts et Métiers) avait été imaginée par Pascal pour permettre à son père, qui avait été nommé à Rouen intendant pour les tailles de la généralité de Normandie, de faire plus rapidement sa comptabilité. Ce n’est pas, d’ailleurs, la seule application pratique dont s’avisa Pascal : il eut aussi l’idée d’une entreprise de transports en commun pour les Parisiens, les carrosses à cinq sols, autorisés par le roi en 1661 et subventionnés par le duc de Roannez, ancêtres de nos omnibus. Invention et entreprise qui attestent chez ce savant théo-
PAU AS IN ELA TROUPES OT 528 LE XVIIe SIÈCLE ricien le sens des réalités pratiques. — Les expériences de physique, d nt
parle Chateaubriand, sont celles que Pascal, en 1648, fit lui-même à Paris, à la Tour Saint-Jacques, et fit faire à Clérmont-F errand, au Puyde-Dôme, par son beau-frère M. Périer, afin de ruiner la théorie de la. rétsdiue horreur de la nature pour le vide. De nos jours on à — injustement, semble-t-il, — mis en doute la bonne foi de Pascal au sujet de ces expériences!, à propos desquelles il écrivit un Traité du vide, dont il ne reste que le fragment, composé en 1647 et publié en 1779 par l'abbé Bossut sous ce titre : Sur l'autorité en matière de philosophie, qui devait en être la préface, et les deux traités De l'équilibre des liqueurs et De la pesanteur de l’air, composés en 1651 et publiés en 1663. — Le problème de géométrie, auquel Chateaubriand fait allusion, est le problème de la roulette ou de la eycloïde : Pascal institua à ce sujet un concours en 1658.