‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 324 sur 532 · L'HORREUR DE LA NATURE POUR LE VIDE · texte numérisé non relu

L'HORREUR DE LA NATURE POUR LE VIDE

[Cette lettre, adressée par Pascal à M. Périer, conseiller à la Cour des aides à Clermont-Ferrand, est du 15 novembre 1647.]

… Vous savez quel sentiment les philosophes ont eu sur ce sujet : tous ont tenu pour maxime, que la nature abhorre le vide... Pour vous ouvrir franchement ma pensée, jai peine à croire que la nature, qui n’est point animée, ni sensible, soit susceptible d'horreur, puisque les passions présupposent une âme capable de les ressentir, et j'incline bien plus à imputer tous ces effets à la pesanteur et pression de l'air, parce que je ne les con-. sidère que comme des cas particuliers d’ une proposition universelle de P équilibre des liqueurs.

J'ai imaginé une expérience qui pourra seule suffire pour | Ro dounet la lüntiére que nous cherchons, si elle peut être exécutée avec justesse. C’est de faire l'expérience ordinaire du $ vide plusieurs fois en un même jour, dans un même tuyau, avec le même vif-argenl?, tantôt en bas et tantôt au sommet. d'une montagne, élevée pour le moins de cinq ou six cents.

4. Voir les articles de Félix Mathieu sur Pascal et l'expérience du Puy-de-Dôme (Revue de Paris des 1e, 15 avril et 1er mai 1906), et la réponse de Léon Brunschvieg (Correspondance de l'union pour la vérité, juin-septembre 1906). à

[2. Vif-argent, mercure.]

toises ! ; pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyau se trouvera pareille ou différente dans ces deux situations. Vous voyez déjà, sans doute, que cette expérience est décisive de la question, et que, s’il arrive que la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu'au bas de la montagne (comme j'ai beaucoup de raisons pour le croire, quoique tous ceux qui ont médité sur cette matière soient contraires à ce sentiment), il s'ensuivra nécessairement que la pesanteur et pression de l'air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l'horreur du vide, puisqu'il est bien certain qu'il y a beaucoup plus d'air qui pèse sur le pied de la montagne, que non pas ? sur son sommet ; au lieu qu'on ne saurait dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur son sommet *.….

(Pascal.)

Page 1