ARRÊT BURLESQUE
donné en la grand'chambre du Parnasse, en faveur des maîtres ès arls, médecins et professeurs de l'Université de Stagire 1 au pays des Chiméres, pour le maintien de la doctrine d'Aristote.
Vu par la cour la requête? présentée par les régents, maîtres ès arts, docteurs et professeurs de l'Université, tant en leur nom. que comme tuteurs et défenseurs de la doctrine d’Aristote.…
La cour, ayant égard à ladite requête, a maintenu et Lardes maintient et garde ledit Aristote en la pleine et paisible possession et jouissance des dites écoles. Ordonne qu'il sera toujour suivi et enseigné par les régents *, docteurs, maîtres ès-arts # ce professeurs de ladite Université, sans que pour ce ils soient obligés de le lire, ni de savoir sa langue et ses sentiments. Et. sur le fond de sa doctrine, les renvoie à leurs cahiers. Enjoint : au cœur ÿ de continuer d’être le principe des nerfs ;et à toutes personnes, de quelque condition et profession qu sr soient, de le croire tel, nonobstant toute expérience à ce contraire. Ordon pareillement au chyle d'aller droit au foie, sans plus passer par le cœur, et au foie de le recevoir. Fait défense au sang d'être plus vagabond, errer ni circuler dans le corps, sous peine d’être entièrement livré et abandonné à la Faculté de médecine. Défi à la Raïson et à ses adhérents de plus s ingérer à l'avenir guérir les fièvres tierces, doubles-tierces, ue triples-quart ni continues, par mauvais moyens et sortilèges, comn vin pur, poudre, écorce de quinquina® et autres drogues n approuvées ni connues des anciens. Et en cas de guérisons ir
[4. Stagire : ville de Macédoine, sur la mer Égée, ti d’Aristo 2. En réalité la requête ne fut pas présentée ; l’Université avait eu seul l'intention de le faire et y renonça après la satire de Boïleau. — 3. Rége voir p. 519, note 4. — 4. Maitres ès-arts, ceux qui avaient reçu Îles t universitaires permettant d’enseigner les arts libéraux. — 5, Allusior . découverte de Harvey sur la circulation du sang, — 6. Nonobstant, L le
et nourricier .qui résulte de la digestion des none à Dire ob 8 fièvres intermittentes, — 9. Sur l'introduction du quinquina en France ets emploi comme remède au xvn siècle voir p. 534.]
se MR re.) Vtt
gulières par icelles! drogues, permet aux médecins de ladite Faculté de rendre, suivant leur méthode ordinaire, la fièvre aux malades, avec casse?, séné, sirops, juleps *, et autres remèdes propres à ce; et de remettre lesdits malades en tel et semblable état qu'ils étaient auparavant, pour être ensuite traités selon les règles; et, s’ils n’en réchappent, conduits du moins en l'autre monde suffisamment purgés et évacués... Enjoint à tous régents, maîtres ès-arts et professeurs d'enseigner comme ils ont accoutumé... À banni à perpétuité la Raison des écoles de ladite Université ; lui fait défense d’y entrer, troubler ni inquiéter ledit Aristote en la possession et jouissance d'icelles, à peine d’être déclarée janséniste et amie des nouveautés.
Fait ce trente-huitième jour d’août onze mil six cent soixante-quinze.
(Boileau. )
CONTRE LES « CIRCULATEURS »
Moxsrieur Drarorrus.
… Mais sur toute chose ce qui me plaît en lui, et en quoi il suit mon exemple, c'est qu’il s'attache avéuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang et autres opinions de même farine *.
THomas Drarorrus (tirant de sa poche une grande thèse roulée qu'il présente à Angélique).
J'ai contre les circulateurs soutenu une thèse, qu'avec la permission (saluant Argan) de Monsieur, j'ose présenter à Mademoi-
selle, comme un hommage que je lui dois des prémices ÿ de mon
esprit. S [4. Jcelles, ces (vieille forme de l’adjectif démonstratif). — 2, Casse, séné : purgatifs très employés dans la médecine du xvne siècle. — 3, Juleps : potions
calmantes.]
[4. De même farine (ejusdem farinae) : locution proverbiale prise en mauvaise part pour comparer des personnes ou des choses de peu de valeur. — 5. Prémices, premières productions (terme employé ici d’une manière solennelle et ridicule. ] |