‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 33 sur 532 · DRE" RS · texte numérisé non relu

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Je; modernisant. C’est d’après ces remaniements en prose dû xv*° siècle que les romantiques, — qui par réaction contre le classicisme et l’antiquité remirent en honneur la littérature du moyen âge —, connurent et admirèrent nos vieilles chansons de geste, dont plus d’une fois ïls s'inspirèrent!. Nos chansons de geste n’ont retrouvé leur forme primitive que grâce aux savantes éditions ? qui en ont été données dans les deux derniers tiers du xix° siècle et au début du xx° par les romanistes français et étrangers ?.

Il nous reste de 70 à 80 chansons de geste, que, suivant une distinction déjà faite par les trouvères du xi° siècle, on peut répartir pour la plupart en 3 gestes principales : La geste du Roi ou de Charlemagne, La geste deGarin de Monglane ou de Guillaume d'Orange, La geste de Doon de Mayence. :

N’ot# que trois gestes en France la garnie ÿ : Du roi de France est la plus seignorie f, Et l’autre après, bien est droiz que gel dieT, Est de Doon a la barbe florie...

La tierce geste qui molt fist a proisier $ Fu .de Garin de Monglane le fier.

(Girard de Vienne.)

1° La geste de Charlemagne.

LA GEsTe DE CHARLEMAGNE comprend des poèmes relatifs à Gharlemagne.et à sa famille; en voici les principaux :

Berthe aux grands pieds, œuvre d’Adenet, « le Roi des Trouvères ». C’est l’histoire de la mère de Charlemagne. Date dela fin du xu° siècle.

Mainet (xu® siècle), qui raconte l'enfance de Charlemagne (le mot

4. Ainsi V. Hugo, dans La Légende des Siècles, s’est inspiré d'un passage de Raoul de Cambrai dans l’Aigle du casque, d'un épisode de Girard de Vienne .dans le Mariage de Roland, de la scène initiale d’Aimeri de Narbonne dans A ymerillol. En 1838 avait paru un livre d'Edward le Glay : Fragments des épopées romanes.

2. Les premiers textes authentiques furent publiés par Paulin Paris : Berthe aux grands pieds en 1832, La Chanson .de Roland en 1886.

8. Signalons un recueil d'extraits. des chansons de gestes, en français moderne, publié par Louis Roche sous ce titre : Les grands récils de l'épopée française (Plon- Nourrit, 1905).

[4. N'ot, il n'y eut. — 5, La garnie, la bien pourvue. —:6. Seignorie, magnifique. — 7. Bien est droiz que gel die, il est bien juste que jele dise. — 8. Qui molt fist a proisier, qui mérite beaucoup d’estime:|

9. Édition de Berthe aux grands pieds par A. Scheler (Bruxelles, 1874) ; adaptation moderne de ce poème par André Rivoire (Lemerre, 1899).

Maïnet paraît être un diminutif de Maigne ou Magne et signifie donc : petit Charlemagne).

Enfances Roland, qui date de la fin du xni° siècle et raconte, comm de

titre l'indique, l’enfance de Roland. h Aspremont! (fin du xn® siècle), récit de l'expédition de Charlemagne contre Aspremont en Calabre. 7 Le Voyage de Charlemagne en Orient? (1% quart du xu° siècle), qui raconte un voyage que Charlemagne aurait fait à Jérusalem et à Constantinople.

La Chanson de Roland (fin du xre siècle ou début du xxrre).

Huon de Bordeaux, qui date de la fin du xn° siècle (c'est à ce poème.

que Shakespeare, dans Le Songe d'une nuit d'été, a emprunté le PESORRSS

du nain Obéron). -

Le Couronnement Louist (1° moitié du xu°* siècle), dont une partie, …

met en scène le fils de Charlemagne, Louis le Débonnaire, et son le

reste se ratlache à l’histoire de Guillaume d'Orange.

Ea plus célèbre de’ ces chansons de geste est La Chanson de Roland 5, Re

qui est à la fois l’œuvre la plus ancienne et la plus belle de notre littérature du moyen âge. On ignore quel en est l’auteur 6. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle a dû être écrite par un poète qui vivait dans la région où était en honneur le culte de Saint-Michel-du-Péril-de-la-Mer, c’est-à-dire en Normandie 7. Ce poème, qui compte 4000 vers, est divisé en trois

4. Édition de La Chanson d'Aspremont par L. Brandin (Les classiques français Ga

du moyen âge, Champion, 1919). Version nouvelle par le mème (1925).

2. Édition du Voyage de Charlemagne en Orient par E. Koschwitz (Heilbronn, |

1880). À consulter J. Coulet : Etude sur l’ancien poème français du ee de Charlemagne en Orient (Toulouse, 1907).

3. Édition de {uon de Bordeaux par Guessard et Grandmaison (Paris, 1860, '

Collection des anciens poètes de la France, t. V).

4. Édition du Couronnement Louis par E. Langlois (Société des Anciens textes français, Firmin-Didot, 1888).

5. Le meilleur texte en est le manuscrit d'Oxford, œuvre d’un Ts anglonormand. — Éditions par Francisque Michel (1837), Francis Génin (1850), . Theodor Müller (1851), L. Gautier (1872), Boehmer (1872), Petit de Julleville (1878), L..Clédat (1886), Stengel (1900), Grôber (190), Edmond Aubé(1924). — Extraits par G. Paris (1887). — Traduction en vers par Lehugeur (Hachette, 1870) et Maurice Bouchor (Hachette, 1899), en prose par L. Gautier (Mame, 1872), L. Clédat (Leroux, 1887), Fabre (Belin, 1902), H. Chamard (Colin, 1919), J. Bédier (avec texte du manuscrit d'Oxford, Piazza, 1922).

6. Le dernier vers du poème nomme bien un certain Turoldus (ci falt la geste que Turoldus declinet). Mais, comme il est difficile de préciser le sens de ce mot declinet,

on ne peut dire si ce Turoldus était le poète qui a composé La Chanson de

Roland, le jongleur qui l’a chantée, ou le scribe qui l'avait copiée. 1. Sur le rôle qu’a joué dans notre histoire nationale le Mont Saint- Michel, voir Edmond Schuré : Les Légendes de France (Perrin, 1908, p. 128-190).

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parties: Roland trahi, Roland mort, Roland vengé. Il se rattache à des faits historiques, modifiés par la légende. Roland, comte de la marche de Bretagne, tombé dans une embuscade, le 15 août 578, à l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne qui traversait les Pyrénées au retour d’une expédition victorieuse en Espagne, devient dans le poème le neveu de Charlemagne et le fiancé d’Aude, sœur de son compagnon Olivier. Les montagnards basques, qui avaient surpris, pillé et massacré les Francs dans le défilé de Roncevaux, sont remplacés par les Sarrasins. Le désastre est attribué à la trahison de Ganelon. Et le poète suppose qu’à la faveur d’un miracle de Dieu qui « allongea le jour » Charlemagne a pu revenir sur ses pas et tailler en pièces les restes de l’armée païenne. Charlemagne lui-même, qui en 778 n'avait que 56 ans, est devenu dans La Chanson de Roland un vieillard de 200 ans, « l’empereur à Ja barbe fleurie».

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