‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 335 sur 532 · L'ÉLOQUENCE DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

L'ÉLOQUENCE DE SAINT PAUL

C’est pour ces solides raisons que saint Paul! rejette tous les. artifices de la rhétorique. Son discours ?, bien loin de couler avec. cette douceur agréable, avec cette égalité” tempérée que nous admirons dans les orateurs, paraît inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez pénétré; et les délicats de la terre, qui, ont, disent-ils, les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son. style Rnb Mais, mes fée n’en rougissons pas. Le dis- … cours de l’apôtre est simple ; mais ses pensées sont toutes divines S'il ignore la rhétorique, s’il méprise la philosophie, Jésus Christ lui tient lieu de tout ; et son nom, qu'il a toujours à la bouche, ses mystères qu’il taie si divine rendront sa sim-

[4. Saint Paul était un Juif de Tarse, en Cilicie. Après avoir persécuté les chrétiens, il se convertit au christianisme à la suite d’une vision. qu'il eut sut k chemin de Damas. [1 fut martyrisé à Rome en l'an 67. — 2. Discours, façon de parler. — 3. Bossuet emploie dans cette phrase les termes de la rhétoriqu. ancienne, tels qu’on les trouve dans les traités oratoires de Cicéron ou dans le Dialogue des orateurs de Tacite. — 4, Les délicats, ceux qui ont le goût dificil > La Fontaine (Fables, II, 1) a employé le mot dans le même sens : |

Les délicats sont malheureux :

Rien ne saurait les satisfaire.

plicité toute puissante. [l'ira!, cet ignorant dans l’art de bien dire, avec cette locution? rude, avec cette phrase qui sent l'étranger, 1l ira ? en cette Grèce polie, la mère des philosophes et des orateurs ; et malgré la résistance du monde, il y établira plus d’églises ‘ que Platon n’y a gagné de disciples par cette éloquence qu on a crue divine. Il prèchera Jésus dans Athènes, et le plus savant ° de ses sénateurs passera de l’Aréopage ® en l’école de ce barbare 7. Il poussera encore plus loin ses conquêtes, :1l abattra aux pieds du Sauveur la majesté des faisceaux romains en la personne d’un proconsul, et il fera trembler dans leurs tribunaux les juges® devant lesquels on le cite. Rome même entendra sa voix ; et un jour cette ville maitresse se tiendra bien plus honorée d’une lettre !° du style ‘i de Paul, adressée à ses citoyens, que de tant de fameuses harangues qu'elle a entendues de son !? Cicéron.

(Bossuet, Panégyrique de saint Paul, premier point.)

b) Développements psychologiques.

Bossuet ne récherche pas, comme Bourdaloue, toutes les occasions de faire devant son auditoire des analyses psychologiques. Mais si un développement de ce genre lui paraît nécessaire à sa démonstration, il ne l’écarte pas. C’est ainsi que, dans le Panégyrique de saint Bernard, pour montrer le mérite qu’a eu saint Bernard de quitter le monde à l’âge de vingt-deux ans, il trace un portrait brillant de la jeunesse, que l’on peut rapprocher en particulier de celui d’Aristote (Rhétorique, II, 12), dont il s’est inspiré.

[4. À remarquer ici et dans les phrases suivantes l'emploi du futur, alors qu'il s’agit d'événements passés. Bossuet nous reporte ainsi vivement par la pensée au temps qui a précédé la venue de saint Paul en Grèce. — 2. Locution, élocution. — 3. La répétition de i/ ira donne à tout le passage un mouvement oratoire. — 4. Églises (ëxx)}notar), groupements de fidèles. — 5. Saint-Denis l’aréopagite. — 6. L'Aréopage : tribunal d'Athènes. — 7. Barbare (Bap6apoç), étranger. — 8. Sergius Paulus, qui se convertit en entendant saint Paul à Paphos, dans l'ile de Chypre. — 9. Félix et Agrippa, devant qui il comparut à Césarée. — 10. L’ Épitre aux Romains. — 114. Style, poinçon à écrire. — 142. Cicéron, qui lui appartient et qui lui est cher à ce titre.

544 LE XVIIe SIÈCLE

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