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L’APPEL DU MAUVAIS RICHE AU TRIBUNAL DE DIEU

Vous êtes donc averti que vous êtes malade dangereusement, puisque vous songez enfin à votre salut ? Mais, hélas ! que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée? que celle de vos comptes et de votre vie! Je ne parle point en ce lieu, ni de votre famille qui vous distrait ?, ni de la maladie qui vous accable, ni de la crainte qui vous étonne”, ni des vapeurs 5 qui vous offusquent 5, ni des douleurs qui vous pressent : je ne regarde que l’empressement 7. Écoutez de quelle force on frappe à la porte ; on la rompra bientôt, si l’on n’ouvre. Sentence sur sentence, ajournement® sur ajournement, pour vous appeler

[4. Bossuet a repris dans ce passage du Sermon sur la mort le thème qu'il avait déjà développé dans un écrit de sa jeunesse, Méditations sur la brièveté de la vie. Et, exprimant les mêmes idées, il n’a pas hésité, selon son habitude, à employer les mêmes termes,]

[2. Enveloppée, embrouillée. — 3. Qui vous distrait, qui vous empêche d'y songer. — 4, Qui vous étonne, qui vous paralyse, — 5. Vapeurs : on désignait ainsi au xvu siècle des troubles provoqués par certaines maladies dans le cerveau. — 6. Qui vous offusquent, qui vous obscurcissent l'intelligence. — 7. L'empressement, la nécessité où l’on est de se presser. — 8. Ajournement, terme de la langue des tribunaux qui désigne la remise d’une affaire à une date fixée et par conséquent la sommation d’avoir à comparaître en justice.]

550 LE XVIIe SIÈCLE

devant Dieu et devant sa chambre de justice. Écoutez avec quelle presse ! il vous parle par son prophète ?. « La fin est venue, la fin est venue ; maintenant la fin est sur toi, et j’enverrai ma fureur contre toi, et je te jugerai selon tes voies ; et tu sauras que | je suis le Seigneur. » O Seigneur, que vous me pressez ! Encore | une nouvelle recharge * : « La fin est venue, la fin est venue; la justice, que tu croyais endormie, s’est éveillée contre toi ; la. voilà‘ qu'elle est à la porte. Æcce venit,. » « Le jour de vengeance est proche. » Toutes les terreurs te semblaient vaines, et toutes les menaces trop éloignées ; et « maintenant, dit le Ne gneur, je te frapperai de près, et je mettrai tous tes crimes sur

ta tête, et tu sauras que je suis le Seigneur qui frappe. » Lels sont, messieurs, les ajournements par lesquels Dieu nous appelle à à son tribunal. Mais enfin voici le jour qu il faut comparaître : Ecce dies, ecce venit, egressa est contritio. L'ange qui préside à la mort recule d’un moment à l’autre, pour étendre le temps de la pénitence ; mais enfin il vient un ordre d’en haut : Fac conclusionem : Pressez, concluez ; l’audience est ouverte, le ” Juge est assis : criminel, venez plaider votre cause. Mais que 4 vous avez peu de temps pour vous préparer | Ah ! que vous jet- 4 terez de cris superflus ! ah ! que vous soupirerez amèrement après à tant d'années perdues. Vainement, inutilement : il n’y a plusde temps pour vous ; vous entrez au séjour de l'éternité. 4

(Bossuet, Sermon sur l’impénitence finale, second point.)

2° Oraisons unes

Bossuet aborda avec appréhension le genre de l’oraison funèbre, qu 1l; transforma, en y introduisant toute la sincérité compatible avec les circonstances, et en en faisant un sermon utile à l’édification des fidèles. « Nous ne donnons point de fausses louanges devant ces autels », al dit dans l’oraison funèbre de Marie-Thérèse, Et dans celle de Madame + Yolande de Monterby : « Quand l’église ouvre la bouche des prédica: « teurs dans les funérailles de ses enfants, ce n’est pas pour accroître la M

[4. Presse, insistance. — 2. Ezéchiel (VIT), — 3, Recharge, retour d’insistance… | — 4. La voilà qu'elle est: on dirait aujourd hui la volà qui est ou voilà qu’elle est]

pompe du deuil par des plaintes étudiées, ni pour satisfaire l'ambition des vivants par de vains éloges des morts... Elle ordonne que ses ministres, dans les derniers devoirs que l’on rend aux morts, fassent contempler à leurs auditeurs la commune condition de tous les mortels, afin que la pensée de la mort leur donne un saint dégoût de la vie pré-

sente, et que la vanité humaine rougisse en regardant le terme fatal que

la Providence divine a donné à ses espérances trompeuses. »

Bossuet semble avoir obtenu plus de succès avec ses oraisons funèbres qu'avec ses sermons. Des douze oraisons funèbres qu'il prononça, il en fit imprimer six à la demande des familles. En voici la liste complète :

Oraison funèbre de Madame Yolande de Monterby, abbesse de Sainte-Marie de Metz (1656).

— de Messire Henri de Gournay, de Metz (1658).

— du R. P. Bourgoing, supérieur général de l'Oraloire (1662).

— de Nicolas Cornet, principal du Collège de Navarre (1663).

— dela reine Anne d'Autriche (1667), qui est perdue.

— de Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre (1669).

— de Henrielte-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans (1670).

— de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France (1683).

— d'Anne de Gonzaque de Clèves, princesse palatine (1685).

— . de Michel Le Tellier, chancelier de France (1686).

— de Mme du Blé d'Uxelles, abbesse de Faremoutiers (1686), qui est perdue.

— de Louis de Bourbon, prince de Condé (1687).

a) La leçon de l’oraison funèbre.

Tout comme loraison funèbre d'Henriette deÆrgpce est un sermon sur la Providence, celle de Marie-Thérèse un sermon sur la vertu, celle d'Anne de Gonzague un sermon sur la grâce, celle de Le Tellier un sermon sur la sagesse, celle de Condé un sermon sur la piété, loraison fanèbre d’Henrictte d'Angleterre est un sermon sur la mort : « Je veux, dit-il, dans un seul malheur déplorer toutes les calamités du genre humain et dans une seule mort faire voir la mort -et le néant de toutes

. les grandeurs humaines. »

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