LA MORT DE MADAME
[La mort d’Henriette d'Angleterre était survenue brusquement (nuit du 29 au 30 juin 1670) dans des circonstances mystérieuses, après l'absorption d’un verre d'eau de chicorée glacée. Le bruit courut qu’elle avait été emporsonnée, soit à la suite d’un drame domestique (elle ne s’entendait pas très bien avec son
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mari), soit par vengeance politique (les Hollandais étaient mécontents du rap- : ;
prochement qui venait de s opérer par son entremise “entre la France et l’Angle-
terre où régnait son frère Charles Il). Elfe-même se crut cmpoisonnée par méprise. L'autopsie fut faite, et, s'il faut en croire Littré, ses résultats auraient
prouvé qu'elle mourut de mort naturelle, probablement d’une perforation de l'estomac, consécutive à un ulcère.]
“" Considérez!, Messieurs, ces grandes puissances. que nous reuns de si He Penn que nous tremblons sous leur main, Vo les frappe pour nous avertir. Leur élévation en? est la ve cause ; et 1l les épargne si peu qu'il ne craint pas de les sacrifier
à l'instruct Rs du reste des hommes. Chrétiens, ne murmurez pas |
1 Mie a été choisie pour nous donner une telle instruction.
Il n’y a rien ici de rude pour elle, puisque, comme vous le ver-.
À 3 : k “ ; /'1 rez par la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous rs jnstruit. Nous devions ôtre assez convaincus de notre néant;
«mais s’il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés? de ”
l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. O nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup‘, comme un éclale de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt | t'Nadame est morte © ! Qui de nous ne se sentit. frappé à ce coup ?, 7, comme si quelque tragique accident avait déne solé sa famille ? ka premier bruit d ‘mal si étrangeÿ, on
accourut à Saint-Cloud? de toutes parts ;: on trouve tout con
sterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des. cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la. nb 10, Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple,
[4. Considérez : le mot a ici toute sa force étymologique (considerare, qui vient.
de sidus, — lever la tête pour regarder les astres). — 2. En — du fait que Dieu les frappe. — 3. Enchaniés, ensorcelés (le mot conserve ici sa valeur primitive :
enchanter, soumettre à une incantation magique). — 4. A noter l’allitération que forme dans cette suite de mots l'accumulation des lettres t. — 5. Étonnante,…
foudroyante. — 6. D'après Voltaire (Siècle de Louis XIV, ch. xxxu), Bossuet fu obligé de s'arrêter après ces mots. « L’auditoire éclata en sanglots, et la voix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs. » — 7. À ce coup :
expression très employée au xvi® siècle et encore usitée au xvne. — 8. Allusion aux circonstances mystérieuses de la mort de Madame, — 9, Au château de” Saint-Cloud (bâti vers 1658 pour le duc d'Orléans). — 40. Souvenir d'un vers
de Virgile (L *Enéide, IX, 369) :
Luctus, ubique pavor et plurima mortis imago.
SCA
tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète! : « Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement?. »
(Bossuet, Oraison funèbre d’Henrielte d'Angleterre.)
b) L’lustoire dans l'oraison funèbre.
Qu'il s'agisse d’un simple portrait, comme celui de Cromwell, ou d’un vaste tableau, comme celui de la bataille de Rocroi, les développements historiques de Bossuet attestent à la fois le souci de l'exactitude et le don de la vie. Mais ils sont tous imprégnés de la même philosophie religieuse que le Discours sur l’histoire universelle : Bossuet montre l'intervention de Dieu dans tous les événements humains, C’est pourquoi V. Hugo, dans la Préface de Cromwell, a pu parler, à propos de Cromwell, « du simple et sinistre profil qu’en a tracé Bossuet, de son point de vue monarchique et catholique, de sa chaire d’évèque appuyée au trône de Louis XIV ». Et, de même, Voltaire, dans Le Siècle de Louis XIV
. (chap. 111), a pu refaire le récit de la bataille de Rocroi, avec le parti-
pris de redresser les explications de Bossuet : « Il est naturel, dit-il, qu’un jeune homme, épuisé des fatigues que demande l’arrangement d’un si grand jour, tombe ensuite dans un sommeil plein... » Et plus loin : « Le prince gagna la bataille par lui-même... »