LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES
Ne laissons pas cependant de publier ce miracle de nos jours : faisons-en passer le récit aux siècles futurs... Nos pères n'avaient pas vu, comme nous, une hérésie invétérée tomber tout à coup ‘ ; les troupeaux égarés revenir en foule, et nos églises trop étroites pour les recevoir; leurs faux pasteurs les abandonner, sans même en attendre l’ordre, et heureux d’avoir à leur alléguer leur bannissement pour excuse? ; tout calme dans un si grand mouvement * ; l'univers étonné de voir dans un événement si nouveau la marque la plus assurée comme le plus bel usage de l'autorité, et le mérite du prince plus reconnu et plus révéré que son autorité même. Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur? la piété de Louis. Poussons jusqu'au ciel nos acclamations, et disons à ce nouveau Constantinf, à ce nouveau
[4. Chute qui ne fut pas définitive, comme le croyait Bossuet. — 2. Accusation injuste et indigne de Bossuet. — 3. Grâce aux dragons de Louvois. Et ce calme fut, d'ailleurs, provisoire. — 4, Mouvement, agitation. — 5. Sur, au sujet de. — 6. L'empereur Constantin, qui régna de 306 à 337, établit officiellement le christianisme dans l'empire romain et par l’édit de Milan (313) prit sous sa protection les chrétiens.] .
Théodose!, à ce nouveau Marcien?, à ce nouveau Charlemagne*, ce que les six cent trente Pères dirent autrefois dans le concile de Chalcédoine * : « Vous avez affermi la foi ; vous avez exterminé les hérétiques : c’est le digne ouvrage de votre règne ; c'en est le propre caractère. Par vous l’hérésie n’est plus : Dieu seul a pu faire cette merveille; Roi du ciel, conservez le roi de la terre ; c’est le vœu des églises ; c’est le vœu des évêques. »
(Bossuet, Oraison funèbre de Michel le Tellier.) é
2° Le gallicanisme .
Le gallicanisme est la doctrine de ceux qui voulaient rendre l'Église de France indépendante de la tutelle du pape. La question gallicane, qui s'était déjà posée au début du xvri® siècle, se posa de nouveau vers la fin, notamment en 1673, à propos de la Régale, impôt que le pouvoir royal prétendait lever sur les revenus des évêchés et monastères vacants. Le pape protesta, ainsi que plusieurs évêques. Bossuet, bien que gallican de tendance, s’efforça d'empêcher le schisme qui menagçait de se produire. Chargé du discours d’ouverture dans l’Assemblée du - Clergé de France convoquée par le roi en 1681, il prononça le g novembre son Sermon sur l’unilé de lÉglise, qui, tout en affirmant les droits de l’église nationale, faisait appel à la conciliation, et par lä-même ne contenta personne. Puis il accepta de rédiger en 1682 la Déclaration du Clergé de France, en quatre articles, sur les libertés de l'église gallicane. Le pape se vengea, en refusant des bulles aux évêques, jusqu’à ce que le roi, cédant aux instances des Jésuites, eût consenti à désavouer les D articles.
[4. Théodose, empereur romain de 399 à 395, éminent législateur, qui contribua. grandement au triomphe du christianisme sur le paganisme. — 2. Marcien, empereur d'Occident de 45o à 457, appliqua avec rigueur les décisions du concile œcuménique de Chalcédoine (451), qui condamna les monophysites (ceux qui ne voulaient pas reconnaître la double nature de J. Christ, humaine
et divine). — 3. Charlemagne fit des expéditions contre les infidèles. — 4. Voir note 2.] : à
5. À consulter. — Voltaire : Le Siècle de Louis XIV (chap. xxxv : Affaires ecclésiastiques, disputes mémorables). — J. de Maistre : De l'église gallicane (1825):
— Nourrisson : La politique de Bossuet (1867). — Ch. Gérin : Recherches sur l'assemblée de 1682 (869). — À. Le Roy : La France el Rome, de oi à 1728