L'ÉGLISE GALLICANE
Il n’est pas possible, mes frères, qu'à la vue de cette auguste assemblée vous n’entriez dans de DH sentiments. Une des plus belles parties de l'Église universelle se présente à vous. C'est l'Église gallicane, qui vous-a tous engendrés en Jésus- Christ : Église renommée dans tous les cles, aujourd hui représentée par tant de prélats! que vous voyez assistés de l'élite de leur clergé, et tous ensemble prêts à vous bénir, prêts à vous instruire selon l’ordre qu'ils en ont reçu du ciel. C’est en leur nom que je vous parle ; c'est par leur autorité que je vous prêche. Qu'elle est belle, cette Église gallicane, pleine de science et de vertu ! mais qu elle est foie dans son tout, qui est l'Église catholique ; et qu'elle est belle saintement et ny ee unie à son chef, c’est-à-dire au successeur de saint Pierre ! Oh! que cette union ne soit point troublée ! que rien n'altère cette paix et cette unité où Dieu habite ! Esprit saint, Esprit pacifique, qui faites habiter les frères unanimement dans votre maison, affermissez-y la paix. La paix est l’objet de cette assemblée : au moindre bruit de division nous accourons effrayés, pour unir parfaitement le corps de l'Église, le père et les enfants, le chef? et les membres, le sacerdoce et l'empire.
(Bossuet, Sermon sur l’unité de l'Eglise.)
3° Controverse de Bossuet et de Richard Simon.
Bossuet à vigoureusement combattu ceux qui, très rares .encore au xvue siècle, essayaient d'appliquer à l’examen de l’Écriture Sainte les méthodes de critique employées dans l’étude des livres profanes. Sur ce terrain son principal adversaire fut l’oratorien Richard Simon (1638- 1712), qui dans son Histoire critique du Vieux Testament avait inauguré l’exégèse rationahste. Bossuet, comprenant le danger d’une telle innova-
[4. Il y en avait trente-six, qui représentaient toutes les provinces. — 2. Le chef, la tête (caput).] 3. À consulter. — J. Denis : Bossuet et Richard Simon (Mémoires de l’Aca-
démie de Caen, 1870).
tion pour l'avenir de la religion, intervint avec énergie et obtint qu'on. brûlât tous les exemplaires de l’ouvrage, en 1698 (voir ci-après sa lettre à M. de Malézieu). :
Non content de cette condamnation, il poursuivit la lutte contre Richard Simon. C’est lui qu’il combattit en 1681 dans la deuxième partie du Discours sur l'Histoire Universelle (La suite de la religion), en même temps que le philosophe Spinoza, dont la pensée dominante dans son. Traité théologico-politique était de rabattre l’histoire du peuple juif sur le plan des autres histoires. Contre Richard Simon Bossuet affirme que les difficultés d’exégèse soulevées n’atteignent pas le fond des choses, et … contre Spinoza il soutient que l’histoire du peuple de Dieu est une chose unique dans l’histoire humaine. NS Comme Richard Simon continna à défendre ses idées dans plusieurs écrits (Histoire critique du Nouveau Testament, 1689 ; Histoire critique des principaux commentateurs du Nouveau Testament, 1698 ; Version du Nouveau Testament), Bossuet avait entrepris, pour réfuter sés thèses, un grand ouvrage qu’il ne put achever et qui fut publié en 1743 : PAnes de la tradition et des saints-pères.