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CONTRE L'EXÉGÈSE RATIONALISTE

Ce livre’ allait paraître dans quatre jours, avec toutes les marques de l'approbation et de l’autorité publique. J'en fus averti très à propos par un homme bien instruit, et qui savait pour le moins aussi bien les langues qué notre auteur. Ilm'envoya un index et ensuite une préface, qui me firent connaître : que ce livre était un amas d’impiétés et un rempart du liberti- 10 nage?. Je portai le tout à M. le Chancelier, le propre? jour du jeudi saint. Ce ministre en même temps envoya l’ordre à M. de la Reynie * de saisir tous les exemplaires. Les docteurs avaient passé tout ce qu on avait voulu, et ils disaient pour excuse que l’auteur n'avait pas suivi leurs corrections. Quoi qu'il en soit, tout y était plein de principes et de conclusions pernicieux à la foi. On éxamina si l’on pouvait remédier à un si grand mal par

[4. L'Histoire critiqué du Vieux Testament, de Richard Simon. — 2. Liberünaäge, impiété. — 3. Le propre jour, le jour qui était justement. — 4; Lieutenant de police à Paris. — 5. Les docteurs qui avaient examiné le bivre, avant qu il fût autorisé à paraitre.]

des cartons! ; car il faut toujours tenter les voies les plus douces : mais 1l n’y ent pas moyen de sauver le livre, dont les mauvaises maximes se trouvèrent répandues partout ; et après un très exact examen que.je fis avec les censeurs?, M. de la Reynie eut ordre de brüler tous les exemplaires au nombre de douze ou quinze cents, uonobstant le privilège donné par surprise et sur le témoignage des docteurs.

(Lettre de Bossuet à M. de Malézieu ?, 19 Mai 1702.)

4° Le quiétisme ‘.

Le quiétisme est une doctrine mystique professée par un théologien espagnol,: Molinos (1640-1696), qui, reprenant les idées de sainte Thérèse, recommandait à l’homme d’entrer directement en communication avec Dieu par l’extase. Son livre, La Guide Spiriluelle (1675), où il dépeignait la quiétude parfaite (d’où le nom de quiétisme) de l’âme parvenue à la contemplation divine par l’état d’oraison’ fut condamné à Rome le 20 novembre 1687. Lui-même mourut en prison.

La doctrine de Molinos fut introduite en France par une jeune veuve, Me Guyon (1648-1717), qui écrivit de nombreux ouvrages de dévotion (quarante volumes), dont les deux principaux étaient Le Moyen court et très facile de faire oraison et Les Torrents spirituels ; elle montrait dans ce dernier — ce qui en explique le titre — comment les âmes, en suivant leur pente naturelle, sont entraînées à se perdre en Dieu, à la façon des torrents qui, descendant de la montagne, courent se confondre dans la mer. Elle séduisit par son onction de grandes dames, comme Mne de

[1. Cartons : on appelle ainsi, en langage d'imprimerie, des feuillets supplémentairés qu'on fait pour remplacer quelques pages d’un livre, que pour une ralsOn Ou pour une autre on veut supprimer. — 2. Sur la censure au xvue siècle voir p. 838. — 3, Sur M. de Malézieu voir vol. II, p; it, n2.

4. À consulter, — Voltaire : Le Siècle de Louis XIV (chap. xxxvnr, Du quiétisme). — Griveau : Étude sur la condamnation du livre des Mazximes des Saints (1878, 2 vol.), — Guerrier : Madame Guyon, sa vie, ses doctrines et son influence (Orléans, 1881). — J. Denis: Fénelon et Bossuet (Mémoires de l’Académie de Caen, 1894). — L. Crouslé : Fénelon et Bossuet (1894-1895, 2 vol.). — M. Masson : Fénelon et Mme Guyon (Hachette, 1907). — H. Delacroix : Études d'histoire el de psychologie du mysticisme : Sainte-Thérèse, Mwe Guyon, Suso (1908). — J. Paquier : Qu'est-ce que le quiétisme? (Bloud, 1910). — Ernest Seillière : Me Guyon et Fénelon précurseurs de J.-J. Rousseau (Alcan, 1918).

Maintenon, les duchesses de Chers et de Beauvilliers, et même des prêtres, comme Fénelon. Bossuet, voyant de telles idées se répandre A Saint-Cyr, fit nommer une commission ecclésiastique pour examiner les livres de Mme Guyon : à la suite de ces Conférences d’Issy, Mme Guyon et Fénelon durent signer un formulaire en 34 articles, qui définissait la doctrine orthodoxe (mars 1695). L'’incident parut sn et Fénelon, nommé archevêque de Cambrai, fut sacré par Bossuet lui-même | (10 juillet 1695). Fi Mais un peu plus tard Me Guyon, ayant recommencé sa propagande, ne fut emprisonnée à Vincennes. C’est alors que Bossuet publia le 11 mars1697 ses Instructions sur les états d’oraison, qui parurent peu après le livre de Fénelon : Explications des Maximes des Saints (1° février), Bossuet, jugeant cet ouvrage hérétique, le déféra à la cour de Rome. Après un échange de lettres et de mémoires (Relation sur le quiétisme, de Bossuet; Dion à la Relation, de Fénelon ; Remarques sur la Réponse, de Bossuet; Réponse aux Remarques, de Fénelon . Dernier éclaircissement à M. de Cambrai, de Bossuet), le pape onde Fénelon (12 mars 1699), qui, du moins en apparence, se soumit avec humilité : il monta lui-même en chaire pour désavouer publiquement son ouvrage et préches l’obéissance d aux ordres des supérieurs.

Le public s'était passionné pour ce duel entre deux champions célèbres, l’un, fermement attaché au passé et défenseur ardent de l'orthodoxie, ee toujours épris des idées nouvelles et regardant vers te « le bel esprit le plus chimérique du royaume », selon le mot de Louis XIV. La Bruyère s'était mêlé à la controverse et avait pris parti pour Bossuet dans ses Dialogues sur le quiétisme, publiés en 1698 sous ce titre : Dialogues posthumes du sieur de la Bruyère. 5

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