CONTRE LE QUIÉTISME
[Fléchier avait écrit quatre dialogues en vers, dans lesquels une femme sensée, Flavie, raille une fervente du quiétisme, Clarice.]
Ces passives langueurs, ces transports hors de soi, Tous ces raffinements ne sont pas faits pour moi. [me faut une loi plus simple et plus facile ; Mon maitre est Jésus-Christ, ma règle est l'Évangile. OÔ vous, contemplatifs de cékèté origine, —. Et qui participez à la grandeur divine, Qui par vos actes purs, simples et solennels Vous mettez au-dessus du reste des mortels, +
Travaillez un peu moins à devenir tranquilles !, Soyez moins glorieux? et soyez plus utiles ?.… Pour porter le secours et l'exemple en tout lieu, Descendez quelquefois de l'essence‘ de Dieu, Avec des actions qui ressemblent aux nôtres,
Et venez ici-bas faire comme les autres.
Pour moi votre oraison® a de grands embarras, Et mon esprit grossier ne s’accommode pas
De la subtilité de vos allégories ;
Les Marthesf quelquefois valent bien les Maries.
(Fléchier.) bo Lutte des Jansénistes et des Jésuites.
a) Histoire de Port-Royal’.
L'abbaye de Port-Royal était un couvent de femmes, de l’ordre de Citcaux, fondé en 1204 dans la vallée de Chevreuse, à quelques licues de Versailles. Il ne sortit de l’obscurité qu’au xvr® siècle, à partir du jour où 1l fut réformé par une femme énergique, qui en fut abbesse
4. C'était l’idéal que se proposait le quiétisme (du latin quies, repos). —
2. Glorieux, orgueilleux. — 3. L'action est opposée ici au rêve. — 4, C'est-àdire : renoncez à l’extase où vous contemplez la nature de Dieu. — 5. IL faut entendre : votre état d'oraison (dans lequel vous priez Dieu) présente de grandes difficultés. — 6. Marthe et Marie étaient les deux sœurs de Lazare : la première
était active, la seconde contemplative.]
7. À consulter. — Racine : Abrégé de l’histoire de Port-Royal. (L'ouvrage rédigé en 1697, publié en 1742, s'arrête à l’année 1665. Voir l'édition Gazicr, 1908, Société d'imprimerie et de librairie). — Nicolas Fontaine : Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal (Cologne, 1738, 2 vol.). — Besoigne (ou Besogne): Histoire de l'abbaye de Port-Royal (Cologne, 1752, 6 vol.) — Lancelot : Mémoires pour servir à la vie de Duvergier de Hauranne, abbé de Saint- Cyran (Cologne, 1738, 2 vol.). — Voltaire : Siécle de Louis XIV (chap. xxxvu : Du jansénisme). — V. Cousin : Jacqueline Pascal (1844). — Sainte-Beuve : Port- Royal (1840-1848, 3 vol. ; 2e éd., 1860, 5 vol. ; 3e éd., 1867, 7 vol). — L. Séché : Les derniers jansénistes (1891, 3 vol.). — E. Boutroux : Pascal (Collection des grands écrivains français, Hachette, 1900). — A. Gazier: Une suile à l’histoire de Port-Royal, d'après des documents inédits (1906), Port-Royal au * XVII: siècle : Images et portraits (19009), Histoire générale du mouvement jansénisle depuis ses origines jusqu'à nos jours (Champion, 1922, 2 vol.), Port-Royal-des- Champs (11° éd., Plon, 1927). — André Hallays : Le pélerinage de Port-Royal (Perrin, 1909), Le Val-de-Grâce et Port-Royal (Hachette, 1925), Les Solitaires
574 LE XVIÏe SIÈCLE OS
depuis 1602, Angélique Arnauld (1591-1661), troisième des vingt d'Antoine a ulde avocat au Parlement de Paris, mort en 1610. E 162: elle crée une Le à Paris, faubourg Ste (actuelle Hôpital de la Maternité, boulevard de Port-Royal, n° 119) !. En 16385 e prend pour directeur de ses religieuses Jean Duvergier de Hauranne abbé de Saint- Cyran, qui introduisit à Port-Royal la doctrine de son ami Jansénius, évêque d’ Ypres, et y appela dès 1637 un certain nombre de laïques, désires de vivre dans le recueillement, la prière et l'étude, Solitaires ? ou Messieurs de Port-Royal.
En devenant le foyer du jansénisme, Port-Royal entra en lutte a ec les Jésuites. Et dès lors son histoire n’est plus que le récit des persécutions dont furent victimes les religieuses et les Solitaires. En 1638, emprisonnement de Saint-Cyran, qui devait se prolonger pendant dou ans (il mourut en 1643 et eut pour successeur M. Singlin). En 1640; publication de l’Augustinus, l'ouvrage où Jansénius, mort en 1638, avait exposé sa doctrine. Dès 1642 le livre est reconnu suspect par une bulle du pape Urbain VIII ; ; en 1649 la Sorbonne en extrait, par les soins de Nicolas Cornet, les cinq fameuses propositions, qui su déférées à la cour de Rome et condamnées par elle (bulle d’Innocent X, 1653). Sommés de les renier, les Jansénistes, — par une distinetiou subtile, qu’ blämée Pascal Le même (Ecrit sur la signature, 1661), entre la questio: de droit et la question de fait —, déclarent bien qu'ils les repoussent mais s’obstinent à affirmer qu elles ne se trouvent pas en réalité dan l’Augustinus ; à chaque nouveau pape, c’est un nouveau formula e à signer ; et tout refus entraîne pour eux des press
de Port-Royal (Plon, 1927). — L'abbé Henri Bénnnd Histoire Hitéraire du timent religieux en France (Bloud, t. IV, 1920).
4. Les deux maisons devaient coexister jusqu’en 1668. Mais de 1625 à : jé lesreligieuses cessèrent de résider à Port-Royal-des- -Champs, où s ‘installèren | le Solitaires à partir de 1637. Quand une partie des religieuses revint au mon tère des champs, en 1648, les Solitaires s'établirent aux Granges, ferme dant de l'abbaye. En 1668, le roi sépara les deux couvents et nomma abbes, Port-Royal de Paris une des sœurs qui, infidèle à la cause jansénisle, avait s le Formulaire. Port-Royal de Paris n’eut désormais plus rien de commun le ] jansénisme et devint au xvmr siècle un foyer de molinisme. -
2. Il faut citer parmi eux — outre plusieurs membres de la famille An deux fils de l'avocat Antoine Arnauld, l'aîné, Robert Arnauld d’ Andilly, 1 15, 1674, (qu' avait devancé à Port- rt un de ses fils Arnauld de Luzar et le plus jeune, Antoine dit le Grand Arnauld (1612-1694) ; ainsi que les troi fils d’une de leurs sœurs, Antoine le Maître (1608- 1658), Isaac Le Maitr Le Maître de Saci (1613-1684), et Le Maitre de Séricourt — Jean Hamon 61 1087), médecin de Port-Royal, Pierre Nicole (1625- 1695), Claude Lancel (1615-1695) et Nicolas Fontaine (1625-1709). (Sur l'œuvre pédagogique Solitaires voir É 728-720).
Pascal, entré à Port-Royal en janvier 1655, ne tarde pas à être mêlé à la lutte. Le Grand Arnauld écrit, le 24 février et le 10 juillet, ses deux Lettres à un duc et pair (le duc de Luynes), pour protester contre le refus des sacrements par le curé de Saint-Sulpice au duc de Liancourt, simplement coupable de faire élever sa petité-fille à Port-Royal. A la suite de ces lettres Arnauld est exelu de la Faculté de Théologie (janvier 1656). C’est alors que, pour soumettre le cas à l’opinion publique, il prie Pascal d'intervenir : « Vous qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose. » Et Pascal compose, du 23 janvier 1656 au 24 mars 1657, ses Dixhuit Provinciales ou Leltres écrites par Louis de Montalle! à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuiles sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères. Le miracle de la sainte Épine 2 le 24 mars 1656, soutint l'énergie de Port-Royal, qui crut y voir la preuve que Dieu se prononçait en sa faveur. L'ouvrage de Pascal, condamné par le pape et par la Sorbonne; lacéré et brûlé par arrêt du ei d'État, n’en fut pas moins un grand succès pour la cause janséniste et un rude coup porté aux Jésuites. « Si mes lettres, écrivait Pascal dans ses notes, sont condamnées à Rome, ce que j'y condamne est condamné au ciel. » Et, un an avant sa mort, comme on lui demandait s’il se repentait de les avoir écrites, il époñdif : { & Loin de m'en repentir, si J'étais à les faire, je les ferais encore plus fortes. »
Après de néuvelles persécutions en 1667 et en 1664, il y eut de 1668 à 1679 une période de tranquillité pour Port-Royal, grâce au pape Glément IX qui, voulant établir la paix de l’église, rédige en 1668 un formulaire que les Jansénistes acceptent, et grâce aussi à la présence parmi les religieuses de la puissante duchesse de Longueville, sœur du Grand Condé. Mais à sa mort (1659) les persécutions recommencent, Elles s’aggravent surtout à partir de 1706, lorsque les religieuses refusent d’adhérer à la bulle du pape Clément XI sur le cas de conscience. En 1709 les religieuses sont chassées de Port-Royal-des-Champs ; et en 1710 l’abbaye est détruite par ordre du roi : on viole les sépultures, on rase l’église.
Port-Royal, finalement vaincu dans cette longue lutte, aura sa revanche posthume lors de l’expulsion des Jésuites en 1762.
4. Montalte désigne Pascal lui-même (ab allo monte, le puy de Dôme). Une 19° lettre élait commencée, mais ne fut pas publiée.
2. Mike Périer, nièce de Pascal, âgée de 10 ans, pensionnaire à Port-Royal, fut guérie d’une fistule lacrymale, dont elle souffrait depuis trois ans ét démi, par l’attouchement d’une sainte Épine. Le souvenir de ce miracle est rappelé par un ex-volo, qui est conservé dans l’église de Linas (Seine-et-Oise) et que Victor Cousin a attribué sans preuve à Philippe de Champaigne, le peintre de Port-Royal (1602-1674).
Ni 2e