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DESTRUCTION DE L'ABBAYE DE PORT-ROYAL- DES - CHAMPS

Il fut donc rendu un arrêt du Conseil en vertu duquel, la nuit du 28 au 29 octobre, l’abbaye de Port-Royal-des-Champs se trouva secrètement investie par des détachements des gardes françaises et suisses ; et vers le milieu de la matinée du 29;

à Bruxelles, où il s'était réfugié depuis 1679 et où il. mourut le 8 août 1694. Son cœur fut rapporté à Port-Royal-des-Champs.]

[4. Il avait été exclu de la Sorbonne en 1656 (voir p. 575) et fut à plusieurs reprises obligé de s'exiler: — 2, Pélage, théologien du ve siècle, a donné son nom au pélagianisme, doctrine qui dans la question de la grâce laissait une grande part à la liberté humaine et qui pour cette raison a été combattue par saint Augustin. — 3. Arnauld a écrit plusieurs ouvrages contre les protestants. — 4, Allusion à la casuistique des Jésuites (voir p. 580-581). — 5. Ouaille : ce mot a ici son sens primitif de brebis (du latin ovicula), — 6. Ces loups sont ses ennemis. — 7. Cette émouvante épitaphe de Boileau ne fut publiée qu'après sa mort. Ses amis seuls la connurent de son vivant. Boileau, qui avait une sympathie générale pour les Jansénistes, en avait une particulière pour le Grand Arnauld, qui, peu de temps avant sa mort, était intervenu en sa faveur dans sa lutte avec Perrault (voir p. 819).]

[8. En 1709.]

580 LE XVIIe SIÈCLE

d'Argenson ! arriva dans l’abbaye avec des escouades du guet et d’archers. Il se fit ouvrir les portes, fit assembler toute la communauté du chapitre, montra une lettre de cachet, et, sans leur donner plus d’un quart d'heure, l’enleva tout entière. El avait | amené force carrosses attelés avec une femme d’âge dans chacun; il y distribua les religieuses suivant les lieux de leur destination, qui étaient différents monastères à dix, à vingt, à trente, à quarante, et jusqu’à cinquante lieues du leur, et les fit partir de A la sorte, chaque carrosse accompagné de quelques archers à. cheval. |

Mais le Père le Tellier ? n’était pas homme à s'arrêter en si beau chemin. Il fut enjoint * aux familles, qui avaient des parents enterrés à Port-Royal- des-Champs, de les faire exhumer et porter ailleurs ; et on jeta dans le cimetière d’une. paroisse voisine tous les autres comme on put, avec l’indécence qui se peut imaginer. Ensuite on procéda à raser la maison, l’église et tous les bâtiments, comme on fait des maisons des assassins des rois, en sorte qu'il n’y resta pas pierre sur pierre. Tous les matériaux furent vendus, et on laboura et sema à la place. . . Je me borne à ce simple et court récit d’une expédition si militaire et si odieuse. :

(Saint-Simon, Mine éd. Chéruel et Régnier, tome VII, chap. vil.) :

b) Le conflit des doctrines.

Les Jansénistes et les Jésuites étaient en désaccord sur deux points : sur la question théologique de la grâce et sur le problème moral.

Reprenant la doctrine de saint Augustin (d’où letitre du livre de Jansénius : Auguslinus), les Jansénistes croyaient à à la prédestination : d’après eux, l’homme est dès sa naissance voué au salut ou à la damnation, selon qu'il a ou qu'il n’a pas la grâce. Les Jésuites professaient la théorie de la grâce suffisante, formulée par le jésuite espagnol Molina, 1535-1060: (d’où le nom de molinisme par lequel on la désigne) : l'homme reçoit en

NE

[4. D’Argenson, successeur de La Reynie comme lieutenant de police à Pari — 2. Le P. Le Tellier : jésuite qui fut le dernier confesseur de Louis XIV — 3. Dans les premiers mois de 1710.]

naissant une grâce suffisante, qu’il dépend de lui de rendre efficace. Ainsi la part de la volonté humaine dans l’œuvre du salut était niée par les uns, admise par les autres.

En morale les Jansénistes se montraient très austères. Par une contradiction, dont les stoïciens (avec lesquels on les compare souvent) avaient déjà donné dans l’antiquité un exemple analogue, tout en refusant à l’homme le pouvoir de rien changer à l’arrêt qui pèse sur lui dès sa naïssance, ils réclamaient de lui pendant la vie un énergique effort moral. Les Jésuites, au contraire, désireux d’établir leur domination en étendant leur clientèle, faisaient preuve d’une indulgence excessive à l’égard des défaillances humaines. De là leur casuistique, ensemble de procédés subtils, dont le but était d’accommoder les prescriptions sévères de la morale chrétienne aux exigences de la morale superficielle du monde, et dont les plus connus sont la doctrine des équivoques!, la direction d'intention?, la restriction mentale?. Aussi méritèrent-ils le reproche d’avoir dangereusement travaillé « à mettre des oreillers sous les coudes des pécheurs ».

C'est à l'examen de ce double conflit entre les Jansénistes et les Jésuites que Pascal a consacré ses Provinciales (les quatre premières lettres traitent de la grâce, les quatorze suivantes de la morale), mettant au scrvice de sa cause toutes les ressources de son génie si varié, sa logique irrésistible, sa pénétrante ironie et son éloquence entrainante.

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