I. — DIFFICULTÉS DE LA COMÉDIE
[Théoriquement, la comparaison qu'institue Molière entre la tragédie et la comédie rappelle tout à fait par ses arguments et par sa conclusion celle qu'avait établie déjà dans l’antiquité un poète de la Comédie Nouvelle, Antiphane.
Historiquement, pour comprendre la sévérité de Molière à à fat de pe tragédie, il faut se rappeler la date de La Critique de l'École des Femmes : Racine ne devait faire jouer sa première pièce La Thébaïde ou les Frères ennemis que l'année suivante (1664), et Corneille, qui d’ailleurs avait indisposé Molière en prenant parti contre lui dans la querelle de L Ecole des Femmes, avaït écrit l’année préeédente Sertorius (1662), écrivait cette année même Sophonisbe (1663) et allait 2 écrire l’année suivante Othon (1664).]
Doranret.
.. Vous croyez donc, Monsieur Lysidas ?, que tout l'aspalt Fa toit la beauté sont dans les poèmes sérieux, et que les pièces & comiques sont des niaiseries qui ne méritent aucune louange ?
ÜRANIE °.
Ce n’est pas mon sentiment, pour moi. La mur sans | doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes, et je tiens que L'une n'est pas moins difficile à faire que l’autre, ;
DoRaAnTE.
Assurément, Madame ; et quand, pour la difficulté, vous mettriez un plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous
abuseriez pas. Car enfin je trouve qu'il est bien plus aisé de se
guinder sur de e grands sentiments, de braver en vers la Fortune,
accuser les Destins, et dire des injures aux Dieux, que d’entrer
comme il faut it le ridicule des hommes, et de rendre a réa-
blement sur le théâtre les 5 défauts de tout le monde. orsque
vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez. Ce sont
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des portraits ? à plaisir, où l’on ne cherche point d de ressemblance ;
et vous n° avez qu’ à suivre les fraits d'une imagination qui : se.
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en ER © SERRE donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le mer-
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veilleux. Mais lorsque vous peignez ez les hommes. il ‘faut peindre
d'a après nature. On veut que ces portraits ressemblent ; et vous n° avez rien fait, Si VOUS ‘n° y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot, dans les ni pièces sérieuses il suffit, pour n ’être
point blâmé, di dite de choses qui soient de bon sens et bien | écrites ; mais ce n'est pas assez dans les autres, il y faut plaisan-
[4. Dorante est dans la pièce un homme de bon sens, ami de Molière. 2. Lysidas est un poète jaloux qui fait chorus avec les détracteurs de Molièr Boursault et Donneau de Visé prétendirent se reconnaître dans ce personnage, — 3. C'est dans le salon d’Uranie, favorable à Molière, qu'a lieu cette conversation, — 4. Touchée, traitée (terme de peinture).]
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ter ; et c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnètes gens !… (Molière, La Critique de l’Ecole des Femmes, Scène vr.)