AUGUSTE
..Rentre en toi-même, Octave‘, et cesse de te pue É tu veux qu'on t épargne, et n'as rien épargné ! Songe aux fleuves de sang où ton bras s’est baigné,
(1888). — A. Liéby: Corneille (Société française d'imprimerie et de hbiuc 1892). — G. Lanson : Corneille (Collection des grands écrivains français, 1898). — Martinenche : La comédie espagnole en Fons de Hardy à KHacine (1900). — G. Huszar : Corneille et le théâtre espagnol (Paris, Bouillon, 1903). — Paul D jardins : La mélhode des classiques français, Corneille, Poussi sin, Pascal (Colin 1904). — R. Le Brun : Corneille devant trois siècles (1906). — Faguet : En lis Corneille (Hachette, 1913). — A. Dorchain : Pierre Corneille (Garnier, 1918)
[1. Le seul nom d'Octave évoque le ‘passé sanglant d’Auguste.] …
PAR ee Ne eq R 70e"
De combien ont rougi les champs de Macédoine, Combien en a versé la défaite d'Antoine ?, Combien celle de Sexte ?, et revois tout d’un temps‘ Pérouse Ÿ au sien noyée, et tous ses habitants. Remets dans ton esprit, après tant de carnages,
De tes proscriptions 5 les sanglantes images,
Où toi même, des tiens devenu le bourreau,
Au sein de ton tuteur ? enfonças le couteau :
Et puis ose accuser le destin d’injustice,
Quand tu vois que les tiens s’arment pour ton supplice, Et que, par ton exemple à ta perte guidés,
Ils violent des droits que tu n'as pas gardés !
Leur trahison est juste, et le ciel l’autorise :
Quitte ta dignité comme tu l'as acquise”? ;
Rends un sang infidèle à l’infidélité t°,
Et souffre des ingrats après l'avoir été.
Mais que mon jugement au besoin !! m'abandonne ! Quelle fureur ‘?, Cinna, m'accuse et te pardonne ? Toi, dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir,
Me traite en criminel, et fait seule mon crime, Relève; pour l’abattre, un trône illégitime,
Et, d’un zèle effronté couvrant son attentat, s'oppose, pour me perdre, au bonheur de l’État 1?) Donc } jusqu’ à l’oublier ] je pourrais me contraindre | Tu vivrais en repos après m'avoir fait craindre‘ !
[4. Allusion à la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), où Antoine et Octave vainquirent Brutus et Cassius. — 2, À Actium (31 av.J.-C.). — 3. Sextus Pompée, fils du grand Pompée, qui s'était emparé de la Sicile après la mort de César, et dont la flotte fut détruite par celle d’Octave non loin de Nauloque (36 av. J.-C.). — 4. Tout d'un temps, en mème temps. — 5, Vers très concis qui veut dire : Pérouse noyée dans son sang avec tous ses habitants (en 4o av. J.-C.). — 6. Lors du second triumvirat formé après le meurtre de César par Antoine, Octave et Lépide (43 av. J.-C.). — 7. Toranius, le père d'Émilie. — 8. Gardés, respectés. — 9. C'est-à-dire : meurs victime de la violence, comme tu avais par elle acquis le pouvoir. — 10. C'est-à-dire : laisse-toi frapper par des ingrats, toi qui l'as été envers les autres. — 41. Au besoin, alors que j'en aurais besoin, — 12. Fureur, folie. — 143. Allusion à la scène 1 de l’acte II, où Cinna avait conseillé à Auguste, qui voulait abdiquer, de garder le pouvoir. — 44. Souve-
BRAUNSCHVIG, —— NOTRE LITTÉRATURE, 91
Non, non, je me trahis moi-même d'y penser! : Qui pardonne aisément invite à l’offenser ; | Punissons l’assassin, proserivons les complices.
(Corneille, Cinna, Acte IV, Scène 1.)
3° Sa psychologie.
a) L'amour dans le théâtre de Corneille.
Corneille dans ses tragédies n’a pas donné à l’amour une place aussi grande que Racine dans les siennes. Et ce n’est d’ ailleurs pas la même conception de l’amour qu’on rencontre chez l’un et chez l’autre poète. Pour Racine l’amour est un instinct aveugle et mystérieux, incapable de rendre compte de son origine à la raison et d’obéir aux ordres de la vo-. lonté. Pour Corneille il est fondé sur le mérite de la personne qu'on aime ; la raison peut le justifier et la volonté a prise sur lui : Pamour est ainsi une vertu et non une faiblesse ; ce n’est donc pas, comme on Va dit si souvent, à une lutte entre le devoir et la passion que Corneille nous fait assister dans son théâtre, mais plutôt à des conflits de devoirs. Fans 0 us
De là deux conséquences assez curieuses de la psychologie? corné lienne de l'amour. La première est qu’au moment où les personnages ont l'air de travailler contre leur amour, ils travaillent en réalité pour leu amour, Ainsi, comme Chimène aime dans Rodrigue ses qualités cheva: leresques, Le de lui en vouloir d’avoir tué son père pour venger l’affron reçu par le sien, elle l'en aime encore davantage et ne rougit point de. l'avouer. De même, Rodrigue ne tient pas rancune à Chimène d’avoir. demandé sa tête au roi pour venger la mort de son père. — Secon conséquence : l’amour, s’attachant toujours au mérite supérieur, parfois. se déplace. Par exemple, Pauline aime d’abord Sévère, brillant chevalier plus que Polyeucte, bourgeois effacé ; mais quand la divine grandeur Polyeucte a fait pâlir les qualités humaines de Sévère, c’est vers son me que se porte toute l’ardeur de sa passion. +
nir de Sénèque (De clementia, [, 9) : « Ego percussorem meum securum ambulare. paliar, me sollicito ? »] tee [4. D'y penser, en y pensant.] ce 2. Qu'on a pu ingénieusement rapprocher de la théorie éthienne des pas sions (voir p. 521).