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L'AMOUR DE RODRIGUE ET DE CHIMENE

Don RopriGuE.

. Je fais ce que tu veux‘, mais sans quitter l'envie De finir par tes mains ma déplorable vie; Car enfin n’attends pas de mon affection Un lâche repentir d’une bonne action * 1 F irréparable effet d’une chaleur trop dFOmpte: Déshonorait mon père, et me couvrait de hônte. Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur ; J'avais part à l’affront, j'en ai cherché l’auteur : Je l’ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père ; : Je le ferais encor, si j'avais à le faire“.

Ce n’est pas qu'en effet contre mon père et moi Ma flamme assez longtemps n'ait combattu pour toi ; ; J uge ( de son pouvoir : dans une tellé offense J'ai pu délibérer si jen prendrais vengeance. Réduit à te déplaire, ou souffrir un ont J'ai pensé qu à son tour mon bras était trop prompt ; Je me suis accusé de trop de violence ; Et ta beauté sans doute emporiait” la Éalahde: À moins que d’opposer° à tes plus forts appas Qu'un homme sans honneur ne te méritait pas ; Que, malgré cette part que j'avais en ton âme, Qui m'aima généreux me haïrait infâme ;

N'attendez point de moi d'infâmes repentirs.

J'ai profané leur temple et brisé les autels ; Je le ferais encore, si j avais à le faire, Même aux yeux de Félix, même aux yeux de Sévère...

[4. Ghimène a demandé à Rodrigue d'éloigner de ses yeux l'épée qu'il venait de lui offrir pour le tuer. — 2. Cinna dit de même à Auguste (Cinna, acte V, scène 1) :

3. Périphrase qui désigne d’une manière enveloppée le soufflet que Don Diègue avait reçu du comte (Acte I, scène 1v). — 4, Ce vers se trouve dans la bouche de Polyeucte (Polyeucte, acte V, scène nr) :

5. Emportait, aurait omporté. — 6. À mouns que d'opposer, si je n'avais 6pposé.]

ou LE XVII SIÈCLE

Qu'’écouter ton amour, obéir : à $a Voix,

C'était m'en rendre indigne et diffamer ! ton choix. Je te le dis encore, et, quoique J ‘en soupire,

J usqu' au dernier soupir je veux bien? le redire :

Je t'ai fait une offense, et j'ai dû m'y porter

Pour effacer ma honte, et pour te mériter ; Mais, quitte envers l'honneur et quitte: envers mon père, C’est maintenant à toi que je viens satisfaire : C'est pour t “offrir mon sang qu ’en ce lieu tu me vois. J'ai fait ce que j'ai dù, je fais ce que je dois PUS Je sais qu un père mort t’arme contre mon crime ; ; Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :

Immole avec courage au sang qu'il a perdu

Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.

CHIMÈNE

Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie,

Je ne te puis blâmer d’avoir fui l'infamie;

Et, de quelque façon qu ’éclatent mes douleurs,

Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.

Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage, Demandait à l’ardeur d’un généreux courage :

Tu n'as fait le devoir que d’un homme de bien; Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien.

Ta funeste“ valeur m'instruit par ta victoire ;:

Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire* :

Même soin me regarde, et j'ai, pour m'afiliger, | Ma gloire à soutenir et mon père à venger.

Hélas ! ton intérêt? ici me désespère re

SL quelque autre malheur m'avait ravi mon père, Mon âme aurait trouvé dans le bien$ de te voir

L unique allègement qu'elle eût pu recevoir ; ; Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes,

-[4. Diffamer, déshonorer. — 2. Je veux bien, j'ai la ferme intention de. 3. Courage, cœur. — 4 Funeste, qui a causé le deuil (sens étymolcgique : anus) — 5 Glorre, honneur. — 6. Méme: la suppression de l’article devant mêm était alors très fréquente. — 7. Ton intérêt — le fait que tu as été mêlé à cette affaire — 8. Le bien, le bonheur. — 9. Charmes : ce mot a au xvne siocie sens très fort d'enchantement magique.] |

Quand une main si chère eût essuyé mes larmes. Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu ; Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;

Et cet affreux devoir’, dont l’ordre m assassine ?, Me force à travailler moi-même à ta ruine.

Car enfin n’attends pas de mon affection

De lâches sentiments pour ta punition.

De quoi qu'en ta faveur notre amour m’entretienne, Ma générosité doit répondre à la tienne : | Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi; |||

Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi *.!!

(Corneille, Le Cid, Acte IIT, Scène 1v.)

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