‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 393 sur 532 · HORACE ET CURIACE · texte numérisé non relu

HORACE ET CURIACE

Horace.

… Le sort qui de l’honneur nous ouvre la barrière Offre à notre constance une illustre matière :

Il épuise sa force à former un malheur .

Pour mieux se mesurer avec notre valeur :

Et, comme il voit en nous des âmes peu communes, Hors de l’ordre commun il nous fait des fortunes. Combattre un ennemi pour le salut de tous,

Et contre un inconnu s’exposer seul aux coups, D'une simple vertu! c’est l'effet? ordinaire :

Mille déjà l'ont fait, mille pourraient le faire ; Mourir pour le pays est un si digne sort

Qu'on briguerait en foule une pareille mort ;

[4. Vertu : voir p. 645, note 9. — 2. L'effet, la manifestation ]

648 LE XVIIe SIÈCLE

Mais vouloir au public! immoler ce qu'on aime, S’attacher au combat contre un autre soi-même, Attaquer un parli qui prend pour défenseur

Le frère? d’une femme et l'amant? d’une sœur, Et rompant tous ces nœuds, s’armer pour la patrie Contre un sang qu on votidrait racheter de sa vie,. Une telle vertu n’appartenait qu’à nous ; L’éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux, Et peu d'hommes au“ cœur l’ont assez imprimée Pour oser aspirer à tant de renommée.

CuURIACE.

Il est vrai que nos noms ne sauraient plus périr. L'occasion est belle, 1l nous la faut chérir.

Nous serons les miroirs $ d’une vertu bien rare ; Mais votre fermeté tient un peu du barbare :

Peu, même des grands cœurs, tireraient vanité D’aller par ce chemin à l’immortalité.

À quelque prix qu'on mette une telle fuméef, L'obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Pour moi, je lose dire, et vous l’avez pu voir,

Je n’ai point consulté? pour suivre mon devoir ;

Notre longue amitié, l'amour, ni° l'alliance,

N’ont pu mettre un moment mon esprit en balance ; Et puisque par ce choix Albe montre en effet ° Qu'elle m'estime autant que Rome vous a fait 1°,

Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome ; J'ai le cœur aussi bon ‘!, mais enfin je suis homme : Je vois que votre honneur demande tout mon sang, Que tout le mien consiste à vous percer le flanc, Près d’épouser la sœur, qu'il faut tuer le frère,

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