LA MORT DE BRITANNICUS
Burraus.
IN éron |
… À peine l Empereur a vu venir son frère)
Il se lève, 1l l’embrasse, on se tait ; et soudain
César prend le premier une coupe à la main :
« Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices, Ma main de cette coupe épanche les prémices ?
Dit-il : Dieux, que j'appelle à cette effusion ?,
Venez favoriser notre réunion #. »
Par les mêmes serments Britannicus se lie.
La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie; Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords,
Le fer ne produit point de si puissants efforts”, Madame : la lumière à ses yeux est ravie ;
Il tombe sur son lit5 sans chaleur et sans vie. Pr Jugez combien ce coup frappe tous les esprits 1 }4 né moitié s ‘épouvante et sort avec des cris ; 4 Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage ” | Sur les yeux de César composent leur visage. À? Cependant sur son lit il demeure penché ; D’aucun étonnement il ne paraît touché ;,
« Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence, À souvent sans péril Haute son ne »
Narcisse veut en vain affecter quelque ennui? Et sa perfide joie éclate malgré lui.
Pour moi, dût l'Empereur punir ma hardiesse,
? A D'une ÉTeUR cour j'ai traversé la presse ; >:
(4. Auspices : avant d'entreprendre un acte important, les Romains consultaient les auspices, c’est-à-dire les présages favorables ou défavorables. — 2. Prémices : ce mot, qui désigne ici les premiéres gouttes d’un liquide, désigne plutôt en général les premiers fruits de la récolte que l’on offrait aux dieux, — 3. Effusion, libation. — 4. Réunion, réconciliation. — 5, Efforts, effets. — 6. Les Romains mangeaient étendus sur des lits. — 7. Ennui : ce mot avait au xvue siècle plus de force qu'aujourd'hui. — 8. Presse, foule.]
658 LE XVII SIÈGLE
Et j'allais, accablé de cet assassinat, Pleurer Britannicus, César, et tout l'État!
(Racine, Britannicus, Acte de » Stbne v)
3° Racine psychologue.
L'amour malernel.
S'il est vrai que Racine a surtout éxcellé à peindré l'ambne. Mne Fe ; Sévigné avait tort cependant de prétendre (voir p. 462) qu'il ne pourrait. plus faire de tragédies « quand il ne serait plus amoureux ». N’atil pas montré, par Éremple, 4 il savait admirablement analyser des âmes de aires or.
Sans parler de la scène de Britannicus (Acte IV, Scène 11) o où Agrip- 4 pine, chez qui l'ambition a étouffé tous les sentiments féminins, joue simplement devant son fils la comédie de l'amour maternel, voici deux scènes d'Andromaque ét d’Iphigénie qui nous méttent sous les ÿeux de véritables mères. Dans la prémière Räciné a mêlé à la description saisissante de la dernière nuit de Troïé et à la poétique évocation des adieux | d'Hector l'analyse pénétranté des céruellés hésitations d’Andromaque dont l’amour conjugal et l'amour maternel, — tout en se confondan | dans son cœur (car, dans la pièce trans le fils d’Andromaque est l'enfant qu’elle a eu d'Hector, et non, comme dans la tragédie d’Euri pide, celui qu’elle a eu de he) — se trouvent mis en oppositior par les circonstances. Et dans la seconde il nous présente en sa pureté et sa force primitives, chez Clytemnestre menacée de voir sacrifier sa fille, l'instinct maternel exclusif, autoritaire ét farouche, bien différent de l'affection d’Andromaque pour son fils, renforcée par l’ amour conjugal mais tendre et mélancolique, comme il cénvient à pe te ee heureuse. cr