ANDROMAQUE
Ah ! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme ! Quoi ! Céphise, j'irais voir expirer encor
Ce fils, ma seule joie, et l’image d'Hector :
Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage ! Hélas ! je m'en souviens : le jour quef son courage
[4. Priam. — 2. Céphise, confidente d'Andromaque, — 3. Brülants : le participe présent, même employé comme verbe, était souvent variable au xvrre siècle. — 4, Ce sont en réalité ses beaux-frères, les frères d'Hector. Car ses propres frères avaient été tués depuis longtemps par Achille. — 5. Racine résume ici le tableau qu'a fait Virgile (L'Enéide, Il) de la dernière nuit de Troie, — 6. Comme : souvent employé au xvne siècle pour comment. #— 7. Ce vers, un peu obscur, est plutôt la suite de l’avant-dernier vers que du vers précédent. Andromaque veut dire que, si elle épousait Pyrrhus, elle ne serait plus libre d'éprouver pour lui les sentiments de colère et de haine qu’elle éprouve à son
égard. — 8. Que : on emploie aujourd'hui où.]
660 LE XVIIe SIÈCLE
Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas,
11 demanda son fils et le prit dans ses bras :
« Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,
« J’ignore quel succès ! le sort garde à mes armes ; ; « Je 1 laisse mon fils pour gage de ma foi ; « S'il me perd, je prétends qu'il me Rte en toi. Ne « Si d’un heureux hymen la mémoire t'est chère, … « Montre au fils à quel point tu chérissais le pe D Et | je puis voir répandre un sang si précieux? -. Et je laisse avec lui périr tous ses aïeua ?
Roi barbare, faut-il que mon crime l’entraine 5 ? Si je te hais, est-1l coupable de ma haine) T'a-t1l de tous les siens reproché le trépas ? S’est-il plaint à tes yeux des maux qu il ne sent pas Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n'arrête Le fer que le cruel tient levé sur ta tête. de
Je l'en puis détourner, et je t'y vais offrir !.… Non, tu ne mourras point : je ne le puis souffrir. Allons trouver Pyrrhus. Mais non, ces Céphise, Va le trouver pour moi.
(Racine, PR Acte IL, Scène vu)