I. — LA MANIE DE PLAIDER
LA coMTESssE.
… Monsieur, tous mes procès allaient être 7. : Ln ne men restait plus que rose ou cinq petits : :
L'un contre mon mari, l’autre contre mon père, Et contre mes enfants. Ah! Monsieur ! la misère | Je ne sais quel biais‘ ils ont imaginé,
Ni tout ce qu'ils ont fait; mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi vêtue et nourrie,
On me défend, Monsieur, de plaider de ma vie ?.
CHICANNEAU ?.
De plaider ?
LA COMTESSE
De plaider.
CHICANNEAU.
Certes, le trait est noir.
J'en suis surpris.
LA COMTESSE
Monsieur, j'en suis au désespoir.
CHICANNEAU.
Comment ! lier les r ains aux gens de votre sorte ! Mais cette pension, Madame, est-elle forte ?
La COMTESSE.
Je n’en vivrais, Monsieur, que trop honnêtement. Mais vivre sans plaider, est-ce contentement ? CHIGANNEAU.
Des chicaneurs viendront nous manger jusqu à l'âme, Et nous ne dirons mot ! Mais s’il vous plaît, Madame, Depuis quand plaidez-vous ?
LA COMTESSE
Il ne m'en souvient pas.
Depuis trente ans au plus.
[4. Biais, moyen détourné, artifice, ruse. — 2. C'est, d'après Brossette, ce qui était arrivé à la comtesse de Crissé, qui a servi d’original à Racine pour son personnage de la comtess* (un arrêt du Parlement lui avait interdit d'entamer des procès sans l'autorisation de deux avocats désignés). — 3. Chicanneau, bour-
* geois atteint de la même manie que la comtesse.]
670 F LE XVII SIÈCLE CHICANNEAU. ru .
Ce n’est pas trop.
La coMTEssé.
CHiCANNEAU. | Et quel âge avez-vous ? Vous ävez bon visage. LA COMTESSE.
Hé ! quelque soixante ans.
CxriCANNEAU.
Comment | € est le bel âge Pour plaider.
LA COMTESSE
Laissez fäiré, 1ls ne sont pas au bout.
J'y vendrai ma chemise ; et je veux rien ou tout…
(Racine, Les Plaideurs, Acte 1, Scène a 1e