ENTRE PÈRE ET FILS
CLÉANTE
Je vous demande pardon, mon : pie de l’emportement que j'ai fait paraître. |
HarPAGon.
Cela n’est rien. no CLÉANTE.
Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde, HarPaGox. | 4 Et moi, j'ai toutes les joies du monde de te voir rafsonnable. CLÉANTE. 4 Quelle bonté à vous? d’oublier si vite ma faute! Hanpacon.
On oublie aisément les fautes des enfants, ut ’ils rentrent : dans leur devoir. .
CLÉANTE
Quoi? ne garder aucun ressentiment de toutes mes extravagances ? VARRCRIARE :
C'est une chose où ? tu m ’obliges par la soumission et lé res- > pect où tu te ranges.
HA l’avant-dernière scène, quand il a formellement déclaré qu'il ne réñôtcera pas à son amour pour Mariane, que son père voudrait lui-même épouser. Mais, dans la scène précédente, maître Jacques à réconcilié en apparence Cléante et Harpagon, en faisant croire à tous deux qu'ils obtenaïient satisfaction. — 2, À vous, en vous. — 3, Où était fréquemment employé äu xvné siècle où nous émploierions aujourd'hui un relätif accompagné d’üne PROS >
CLÉANTE
Je vous promets, mon père, que, jusques au tombeau, je conserverai dans mon cœur le souvenir de vos bontés.
| HarpaGon.
Et moi, je te promets qu'il n’y aura aucune chose que de moi! tu n'obtiennes.
CLÉANTE
Ah! mon père, je ne vous demande plus rien ; et c’est m'avoir assez donné que de me donner Mariane.
HaRPpAGON.
Comment ?
CLÉANTE
Je dis, mon père, que je suis trop content de vous, et que je trouve toutes choses dans la bonté que vous avez de m'accorder Mariane.
Harpacon.
Qui est-ce qui parle de t’accorder Mariane ?
CLÉANTE. Vous, mon père.
HarpaGox.
Moi ?
CLÉANTE
Sans doute.
HarPaGoN.
Comment? c'est toi qui as promis d'y renoncer.
| CLÉANTE
Moi, y renoncer?
| HarpaGon.
Oui.
CLÉANTE
Point du tout.
4. Inversion qui donne à la fin de la phrase une allure rythmée (voir p, 681, note 3).]
HarPaGON.
Tu ne t'es pas départi ! d'y prétendre?
| CLÉANTE
Au contraire, j'y suis plus porté que jamais. A HarPpaGoN. ps Quoi? pendard, derechef? ?
CLÉANTE
Rien ne me peut changer.
HarPpAGoN.
Laisse-moi faire, traître.
CLÉANTE
Faites tout ce qu'il vous plaira.
HarpaGon.
Je te défends de me jamais voir.
| | CLÉANTE
À la bonne heure.
HarPpaGon.
Je t’abandonne.
CLÉANTE
Abandonnez. Fe HarpaGon. tee
Je te renonce? pour mon fils.
: CLÉANTE. Le Soit. | D HARPAGON, 4 0 Je te déshérite. Us CLÉANTE. :
Tout ce que vous voudrez.
[4 Se départir de (renoncer à) se construit plutôt avec un substantif qu'avec. un-verbe. — 2. Derechef, de nouveau (en reprenant les choses : à parti du commencement). — 8. Je le renonce, je te remie. .]
Ares" im
HarPpaGon.
Et je te donne ma malédiction.
CLÉANTE
Je n'ai que faire de vos dons!'. - | £ (Molière, L’Avare, Acte IV, Scène v.)
b) Le mensonge des convenances mondaines.
C’est dans Le Misanthrope que Molière, apôtre de la nature et de la vérité, a dévoilé, avec amertume, le mensonge sur lequel reposent habituellement les rapports des hommes entre eux dans la société : mensonge, peut-être obligatoire en effet dans une certaine limite, mais dont on
exagère singulièrement la prétendue nécessité et dont on généralise un peu trop l'usage.
Deux tempéraments s’y opposent dans les personnages d’Alceste et de Philinte : raideur intransigeante et bouillonnante indignation chez l’un, souplesse accommodante et souriante résignation chez l’autre. Deux philosophies également : le premier réclame la franchise brutale jusque dans les relations mondaines, le second préconise la politesse menson-. gère. Les déclarations d’Alceste s’inspirent d’un très louable idéal, auquel on peut seulement reprocher son caractère abstrait et théorique ; celles de Philinte reposent au fond sur une conception pessimiste de la nature humaine. Et, somme touie, on peut se demander si Philinte avec son. indulgence méprisante n’est pas plus misanthrope qu’Alceste avec ses naïves illusions (voir vol. [l, p. 139-141 le jugement de J.-J. Rousseau sur celte pièce).
[4. Voici comment J. J. Rousseau, dans sa Lettre à D'Alembert sur les spectacles,
a jugé cette scène : « C’est un grand vice d’être avare-et de prêter à usure ;
mais n'en est-ce pas un plus grand encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches, et, quand ce père
à irrité lui donne sa malédiction, de répondre d’un air goguenard qu'il n’a que faire de ses dons ? Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable ? et la pièce, où l’on fait aimer le fils insolent qui l’a faite, en est-elle moins une école de mauvaises mœurs ? » Appréciation sévère et injuste : car si Cléante ne
parle pas en fils, Harpagon n’agit pas en père; et la conduite égoïste de l’un explique et justifie l'attitude i l F La Teçon de la pièce n'est-elle pas dans ce spectacle même du bouleversement des rapports familiaux?]
Ve Et ses roulements d'yeux et son ton radouci |