ALCESTE
Non, elle est générale, et je hais tous les hommes : Les uns, parce qu ils sont méchants et malfaisants,
Et les at autres, Équie être aux méchants complaisants?,
ere,
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
De cette complaisance on voit l’injuste excès Pour à le franc scélérat avec qui j'ai procès : Au travers de son masque on voit à plein le traître ; Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être;
N'imposent * qu'à des gens qui ne sont point d'ici. à On sait que ce pied- “plat”, digne qu’en le confonde, Par de sales emplois s’est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort de splendeur revêtu
Fait gronder le mérite et rougir la vertu. | Quelques titres honteux qu’en tous lieux on lui donne, Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
[4. Pour être, parce qu'ils sont. — 2. D'après un mot que rapporte Érasme (Apophlegmes, iv. VI), Timon d'Athènes donnait déjà de sa misanthropie cette même raison : ( Les méchants, je les hais à bon droit ; les autres, je les hais de ne point haïr les méchants ». — 8. Pour, au sujet de à 4, N'imposent (au lieu de n'en imposent), ne trompent. — 5. Pied-plat : ce mot a d’abord désigné un homme du peuple ou de la campagne qui porte des souliers plats (tandis que les gentilshommes portaient des bélier avec des talons), puis, comme ici, un homme sans dignité et sans honnêteté. — 6. Ne voit pour fui personne, n'a personne qui en soit partisan. ]
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Nommez-le fourbe, infâme et scélérat maudit, Tout le monde en! convient, et nul n’y contredit. Cependant sa grimace ? est partout bienvenue :
On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue ;
Et s’il est, par la brigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter. Tétebleu * ! ce me sont de mortelles blessures,
De voir qu'avec le vice on garde des mesures;
Et parfois il me prend des mouvements soudainsS ? Pr, De fuir dans un désert l'approche des humains. A
PHiLinTe.
Mon Dieu, des mœurs du temps mettons f-nous moins en Et faisons un peu grâce à la nature humaine; [peine, Ne l'examinons point dans? la grande rigueur,
Et voyons ses défauts avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable ° ;
À force de sagesse on peut être blämable ;
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété !0,
Cette grande raideur des vertus des vieux âges
Heurte trop notre siècle et les communs usages ;
Elle veut auxt! mortels trop de perfection :
I faut fléchir ‘? au temps sans obstination ;
Et c’est üne folie à nulle autre seconde?
De vouloir se mêler de corriger le monde.
[4. En, comme y, remplace l’idée contenue dans le vers précédent.— 2. Grimace, hypocrisie, — 3, Télebleu : juron dans lequel on a substitué le mot bleu au mot Dieu. — 4, Mesures, ménagements. — 5, Mouvements : mot d'un usage fréquent au xvne siècle pour désigner les aspirations et les élans de l’âme, — 6. Metlons-nous : l'emploi de la 1'° personne du pluriel atténue le caractère impérieux que pourrait avoir un conseil donné aux autres ; car celui qui Je formule ainsi montre qu’il en prend lui-même sa part.—7. Dans, avec. —8. Parmi: voir p. 353, note 18. — 9, Trailable, qui ne soit pas intransigeante. — 40. Avec sobriété, avec mesure. C’est le mot de saint Paul (Épitre aux Romains, XIE, 3) : &« sapere ad Sobrietatem 5, traduit par Montaigne (Essais, I, 29) : « soyez sage âvec sobriété ». — 41, Aux mortels, éhez les mortels. — 42, Fléchir, se plier. — 43. A nulle autre seconde : cheville qui revient plus d'une fois dans les vers de Molière.]
680 a LE XVIR SIÈCLE ee J'observe, comme vous, cent choses tous les jours
Qui pourraient mieux ie prenant” un autre Cours ;
Mais, quoi qu’à chaque pas je puisse voir paraître,
En courroux, comme vous, on ne me voit point être; .
Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,
de accoutume mon à âme à souffr Gi” ce pen E
Et; je crois qu’à la cour, de même qu’à la ville, |
Mon flegme * est philosophe * autant que votre bile... : (Molière, Le Misanthrope, Acte I, Scène 1.)
c) La naissance et le mérite.
De toutes les comédies de Molière Don Juan est sans doute la plus captivante par la hardiesse des questions qu’elle soulève. On a déjà vu (p. 598-601) les problèmes religieux qu’elle pose ; et voici que Molièrey touche également au problème moral et social de la naissance et du … mérite. È
Dans une entrevue, qui s’élève au pathétique, le père dé Don Juan, Don Louis, vient proces à son fils les déportements de sa conduite. Nous avons signalé plus haut (p. 651) le rapprochement possible entre cette scène et celle du Menteur que nous avons, citée, Mais il faut noter » la différence des situations : les légèretés de Dorante ne sont pas comparables aux scandales de Don Juan ; et, tandis que le premier demeure respectueux devant les reproches paternels, le second réplique à son père avec insolence.
On pourraît être aussi tenté de rapprocher le réquisitoire contre la noblesse indigne et dégénérée, contenu dans les tirades de Géronte et de Don Louis, de celui que renferme le fameux monologue de Figaro (voir vol. II, p. 237-240). Il y a loin toutefois de la simple leçon morale des. deux Han Re de Corneille et de Molière, parlant au nom de l’honneur de leur caste, à la violente satire sociale és barbier de Beaumarchais, où l’on sent — n'oublions pas la date du Mariage de Figaro (1784) — l’accent du plébéien irrité contre les privilèges injustes de la noblesse.
[4. Prenant, si elles prenaient. — 2. Souffrir, supporter. — 3. Ces de ve ont été repris par Fabre d'Églantine au débnt de sa pièce Le Philinte de Molière (1790). — 4. Flegme, sang-froid, calme. — 5. Philosophe : souvent. employé comme adjectif au xvne et au xvie siècle.] is