CHARLOTTE
C’est donc le coup de vent da matin qui les avoit renvarsés dans la mar?
Pierrot.
Aga?, guien, Charlotte, je m'en vas te conter tout fin drait comme cela est venu; car, comme dit l’autre, je les ai le premier avisés, avisés le premier je les ai. Enfin donc j'estions sur le bord de la mar, moi et le gros Lucas, et je nous amusions à batifoler avec des mottes de tarre que je nous jesquions à la teste ; car, comme tu sais bian, le gros Lucas aime à batifoler, et moi par fouas je batifole itou *. En batifolant5 donc, pisque batifoler y à, j'ai aparçu de tout loin queuque chose qui grouilloit dans gliau, et qui venoit comme envars nous par secousse. Je voyois cela fixiblement, et pis tout d’un coup je voyois que je ne voyois plus rien. « Eh ! Lucas, ç'ai-je fait, je pense que vlà des homnes qui nageant là-bas. — Voire, ce m'a-t-il fait, t’as esté au trépassement d’un chat$, t'as la vue trouble. — Palsanquienne, ç'ai-je fait, je n'ai point la vue trouble : ce sont des hommes. — Point du tout, ce m'a-t-il fait, t’as la barlue. — Veux-tu gager, c’ai-je fait, que je n'ai point la barlue, ç'ai-je fait, et que
[4. Nostre-dinse : altération probable de Notre-Dame (comme parbleu est une altération de par Dieu). — 2. Aga est sans doute une abréviation d'agarde (regarde). — 3. Cette répétition des mots d’une phrasé dans l’ordre inverse est fréquente dans la bouche des paysans. — 4, Jlou, de même. — 5. A remarquer cette lenteur, habituelle dans les récits populaires. — 6. Proverbe du temps.]
sont deux hommes, € ai-je fait, qui nageant droit 1C1 ? c'aije : fait. — Morquenne, ce m'a-t-1l fit, je gage que non. — O! çà, C ai-je fait, veux-tu gager dix sols que si? — Je le veux bian, ce. m'a-t-il fait: et pour te montrer, vlà argent su jeu, » ce m'a-t-il fait une donc, je n'avons pas putost eu gagé, que j avons vu ls detehomar tte plain qui nous faisiant signe de les aller quérir; et moi de tirer auparavant les enjeux !. « Allons, Lucas, … ç'ai-je dit, tu vois bian qu’ils nous appelont : allons viste à leu secours. — Non, ce m'a-t-il dit, ils mont fait pardre?. » OL donc lanquia qu'à la parfin, pour le faire court, je l'ai tant sarmonné, que je nous sommes boutés ? dans une barque, et pis j'avons tant fait cahin caha, que je les avons tirés de gliau.….
(Molière, Don Juan, Acte IT, Scène 1.) F
b) Molière et les médecins.
Tout le long de sa carrière Molière a attaqué les médecins. Pendant son séjour en province il commence à les tourner en ridicule dans deux farces qui nous sont parvenues, La Jalousie du barbouillé et Le Médecin volant, et sans doute aussi dans d’autres farces de la même période dont nous n’avons conservé que les titres : Le Fagoteux (première ébauche du Médecin malgré lui), Le Docteur amoureux, Les Trois docteurs rivaux, Le Docteur pédant. (trois titres peut-être d’une seule et même pièce). Il continue à les railler dans Don Juan, L'Amour médecin, Le Médecin malgré lui, Monsieur de Pourceaugnac. Et sa dernière pee Le Malade i imaginaire, : revient à la charge contre eux.
En s’acharnant ainsi contre les médecins, Molière ne faisait que suivre la tradition de notre poésie satirique du moyen âge et de la farce italienne. Mais son insistance particulière a d’autres causes. Malade luimême, il éprouvait le désir de satisfaire sa rancune contre ceux qui n'avaient pas réussi à le guérir. Observateur attentif de ses contempo=. rains, il trouvait une riche matière comique dans les travers de la profession médicale au xvrie siècle : aëcoutrement ridicule, pédantisme du langage, cynique exploitation de la crédulité des malades, esprit de corps et rivalités individuelles, foi aveugle dans la méthode d’autorité, dédain de l’expérience, méfiance systématique pour les idées nouvelles +. Enfin
[4. Geste de prudence bien naturel chez un paysan. — 2. Encore un tra d'observation très juste que cette réponse ! — 3. Boutés, mis. ] 4. Outre ce que nous avons déjà dit nous-même de ces derniers oo (voir p. 531), il sera bon de consulter, si l’on veut approfondir cette question, la Co
une pensée philosophique semble dominer l’ensemble de ses critiques contre les médecins : la pensée que la médecine elle-même est une tentative déraisonnable pour contrarier l’œuvre de la nature, qui d’après lui est souverainement bonne dans son principe comme dans toutes ses manifestations.