‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 416 sur 532 · II · texte numérisé non relu

II

Quant au principal but qu'Esope se propose, - J'y tombe au moins mal que je puis.

Enfin, si dans ces vers je ne plais et n’instruis, 1° ne tient pas à moi ; c’est toujours quelque chose. Comme la force est un point Dont je ne me pique point, Je tâche d’y tourner le vice en ridicule, Ne pouvant l’attaquer avec des bras d’'Hercule. C’est là tout mon talent ; je ne sais s’il suffit. Tantôt je peins en un récit La sotte vanité jointe avecque l’envie, Deux pivots sur qui roule aujourd’hui notre vie : Tel est ce chétif animal Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal. J’oppose quelquefois par une double image Le vice à la vertu, la sottise au bon sens, Les agneaux aux loups ravissants, La mouche à la fourmi ; faisant de cet ouvrage Une ample comédie à cent actes divers, Et dont la scène est l’univers, Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle, Jupiter comme un autre...

(V, 1.) Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être ; Le plus simple animal nous y tient lieu de maitre.

[4. Enchantement : au sens propre du mot (charme magique). — 2, Feinle, fiction. — 3. Il: voir p. 484, note 1].

700 * LE XVIF SIÈCLE 00

Une morale nue apporte de l’ennui :

Le conte fait passer le précepte avec lui. :

En ces sortes de feinte t il faut instruire et plaire, à Et conter pour conter me semble peu d'affaire.

“(NL 11)

Voici un second recueil de fables que je présente au public. J'ai jugé

à propos de donner à la plupart de celles-ci un air et un tour un peu. différent de celui que j’ai donné aux premières, tant à cause de la différence des sujets, que pour remplir de plus de variété mon ouvrage. Les traits familiers, que j'ai semés avec assez d’abondance dans les deux autres parties ?, convenaient bien mieux aux inventions d’Esope qu’à ces | dernières. Il a donc fallu que j'aie cherché d’autres enrichissements, et étendu davantage les circonstances de ces récits... Je dirai, par reconnaissance, que je dois la plus grande partie de ces derniers sujets à Pilpay, sage indien... Quelques autres m'ont fourni des sujets assez heureux. Enfin j'ai täché de mettre en ces deux dernières parties toute la diversité dont j'étais capable.

(VI, artnet se.

L’apologue est un don qui vient des immortels; Ou si c’est un présent des hommes, :

Quiconque nous l’a fait mérite des autels.

Nous devons, tous tant que nous sommes, Eriger ? en eue Le sage # par qui fut ce bel art inventé.

C’est proprement un charme à : il rend l’âme attentive, Ou plutôt il la tient captive, Nous attachant à des récits : .

Qui mènent à son gré les cœurs et Les esprits. si

(VIL, À Madame de Montospan. ”

Si Peau d'âne$ m'était conté, M J’y prendrais un plaisir tre Le monde est vieux, dit-on ; je le crois : cependant Il le faut amuser encor comme un enfant. A | ONE HS Grâce aux Filles de Mémoire, = J’ai chanté des animaux Fe

[4. Feinte : voir p. 699, note 2. — 2, Les six premierslivres. — Élever at rang d’une divinité. — 4, Esope. — 5. Charme : même sens qu ’enchantemen (P. 699. note 1). —6. Le conte de Perrault ne parut qu’en 1694, mais l'ustoir. qu’il raconte était connue, — 7. Les Muses, filles de J sers et de ne déesse de la Mémoire.]

AUTRE Se Pl à 2 MAL EEE rt

Peut-être d’autres héros M'auraient acquis moins de gloire.

Le loup, en langue! des dieux, Parle au chien dans mes ouvrages.

Les bêtes, à qui mieux mieux,

Y font divers personnages ;

Les uns fous, les autres sages ;

De telle sorte pourtant

Que les fous vont l’emportant.…

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