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L'ESPRIT DE CONTRADICTION

C’est la source de l'esprit de contradiction si ordinaire parmi les hommes, et qui les porte, quand ils entendent ou lisent

ill M A EL NOR SE

quelque chose d'autrui, à considérer peu les raisons qui pourront les persuader, et à ne songer qu'à celles qu'ils croient pouvoir opposer. [Ils sont toujours en garde contre la vérité, et ils ne pensent qu'aux moyens de la repousser et de l’obscurcir, en quoi ils réussissent presque toujours, la fertilité de l'esprit humain étant inépuisable en fausses raisons. Quand ce vice est dans l’excès, il fait un des principaux caractères de l’esprit de pédanterie, qui met son plus gr and plaisir à chicaner les autres sur les plus petites choses, et à contredire tout avec une basse

malignité ; mais 1l est souvent plus imperceptible et plus caché ; et l’on peut dire même que personne n'en est entièrement exempt, parce qu'il a sa racine dans l’amour-propre qui vit toujours dans les hommes.

On peut distinguer de la contradiction maligne et envieuse une autre sorte d'humeur moins mauvaise, mais qui engage dans les mêmes fautes de raisonnement ; c’est l’esprit de dispute, qui est encore un défaut qui gâte beaucoup l'esprit. Ce n'est pas qu'on puisse blâmer généralement la dispute : on peut dire, au contraire, que, pourvu qu on en use bien, il n’y a rien qui serve davantage à donner diverses ouvertures! ou pour trouver la vérité ou pour la persuader aux autres. Le mouvement d’un esprit qui s'occupe seul à l'examen de quelques matières est d'ordinaire trop froid et trop languissant ; il a besoin d’une certaine chaleur qui l’excite et qui réveille ses idées ; et c’est d’ordinaire par les diverses oppositions qu'on nous fait que l’on découvre où ? consiste la difficulté de la persuasion et l'obscurité ; ce qui nous donne lieu de faire effort pour la vaincre. Mais il est vrai qu'autant cet exercice est utile, lorsque l’on en use comme il faut et avec un entier dégagement de passion, autant est-il dangereux lorsqu'on en use mal et que l’on met sa gloire à soutenir son sentiment à quelque prix que ce soit, et à contredire celui des autres. Rien n'est plus capable de nous éloigner de la vérité et de nous jeter dans l'égarement que cette sorte d'humeur.

(Arnauld et Nicole, Logique de Port-Royal, IT, 20.)

{1. Ouvertures, facilités intellectuelles. — 2. Où, en quoi.]

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