‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 437 sur 532 · LETTRE DE RACINE A NICOLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE RACINE A NICOLE

[Voir p. 624 dans quelles circonstances Racine écrivit contre ses anciens maîtres cette lettre si méchante, dont il regretta plus tard amèrement la publication : « C’est l'endroit le plus honteux de ma vie, écrivait-il un jour, je donnerais tout mon sang pour l’effacer. »]

Je vous déclare que je ne prends point de parti entre M. Desmarets ! et vous. Je laisse à juger au monde quel est le visionnaire? de vous deux. J’ai lu jusqu’ici vos lettres avec assez d'indifférence, quelquefois avec plaisir, quelquefois avec dégoût, selon qu'elles me semblaient bien ou mal écrites... Si j'ai à vous blämer de quelque chose, c’est d'étendre vos inimitiés trop loin, et d'intéresser dans le démélé que vous avez avec M. Desmarets cent autres personnes dont vous n'avez aucun sujet de vous plaindre.

Et qu'est-ce que les romans et les comédies peuvent avoir de commun avec le jansénisme? Pourquoi voulez-vous que ces ouvrages d'esprit soient une occupation peu honorable devant les hommes, et horrible devant Dieu ? Faut-il, parce que Desmarets a fait autrefois un roman et des comédies, que vous preniez en aversion tous ceux qui se sont mêlés d’en faire? Vous avez assez d'ennemis : pourquoi en chercher de nouveaux ?.….

… Vous pouviez employer des termes plus doux que ces mots d'empoisonneurs publics et de gens horribles parmi les chrétiens. Pensez-vous que l’on vous en croie sur votre parole ? Non, non, monsieur : on n’est point accoutumé à vous croire si légèrement. Il ya vingt ans que vous dites tous les jours que les cinq propositions ? ne sont pas dans Jansénius, cependant on ne vous croit pas encore.

Mais nous connaissons l’austérité de votre morale. Nous ne trouvons point étrange dus vous damniez les poètes, vous en. damnez bien d’ hutres qu'eux. Ce qui nous surprend, c’est de voir que vous voulez empêcher les hommes de les honorer. Hé !

[4. Sur Desmarets de Saint-Sorlin voir p. 815, note 1. — 2. Visionnaire. au sens figuré et avec une acception défavorable ce mot désigne une personne qui a des idées extravagantes. — 3, Voir p. 574.]

monde : ne réglez al ne récompenses de celui-ci. Vous liver quitté il y a pans Laissez-le juger des choses qui lui appartiennent. Plaignez-le, si vous voulez, d'aimer des bagatelles et d'estimer ceux qui les font ; mais ne leur enviez point : de misérables honneurs auxquels vous avez renoncé...

(Racine, Lettre à l’auteur des Hérésies imaginaires et des deux Visionnaires, janvier 1666.)

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