EXHORTATION AU DAUPHIN
[L'abbé d’Olivet publia en 1764, en tête d'une édition des Pensées de Cicéron, un discours latin et français adressé au Dauphin par une personne chargée de son éducation. Cet écrit, qui est l’œuvre de Bossuet, date d'environ 1676.]
Ne croyez pas, Monseigneur, qu’on vous reprenne si sévèrement pendant vos études, pour avoir simplement violé les règles de la grammaire en composant. Il est sans doute honteux à un prince, qui doit avoir de l’ordre en tout, de tomber en de telles fautes ; mais nous regardons plus haut quand nous en sommes
[4. Ses rapidités, les tendances de son esprit à échapper. — 2. Aux mystères (de la religion). — 3. Fondé, solidement établi.]
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si fâchés : car nous ne blâmons pas tant la faute elle-même, que: le défaut d'attention, qui en est cause. Ce défaut d'attention. vous fait maintenant confondre l’ordre des paroles ; mais si nou laissons vieillir et fortifier cette mauvaise habitude, quand vous viendrez à manier, non plus les paroles, maïs les choses mêmes, … vous en troublerez tout l'ordre. Vous parlez maintenant contre « les lois de la grammaire ; alors vous mépriserez les préceptes de la raison. Maintenant vous placez mal les paroles; alors vous placerez mal les choses ; vous récompenserez au lieu de punir; vous punirez quand il A récompenser ; enfin vous ferez tout … sans ordre, si vous ne vous accoutumez dès votre enfance à tenir = votre esprit attentif, à régler ses mouvements vagues et incer- : tains, et à penser sérieusement en vous-même à ce que vous avez à ie À
Paie tous que tant de peuples, tant d’armées, une nation à si nombreuse, si belliqueuse, dont les esprits sont si inquiets, si industrieux et si fiers, puissent être gouvernés par un seul homme, s’il ne s'applique de toutes ses forces à un si grand ouvrage ? N’eussiez-vous à conduire qu'un seul cheval un peu fougueux, vous n’en viendriez pas à bout, si vous lâchiez tout à. fait la main, et si vous laissiez aller votre esprit aïlleurs : combien moins gouvernerez-vous cette immense multitude, où bouil-. lonnent tnt de passions, tant de mouvements divers ! Il viendra des guerres ; 1l s'élèvera des séditions; un peuple emporté fera de toutes parts sentir sa fureur. Tous les jours de nouveaux troubles, de nouveaux dangers. On vous tendra des pièges ;. vous serez environné de Hatfeuss de fourbes ; un brouillon remuera des provinces éloignées ; un autre cabalera j jusque dans votre cour, qui est le centre Fe affaires; il animera l'ambi- tieux, :l soulérers l'entreprenant, il aigrira le mécontent. À. peine lrouverez-vous quelqu'un à qui vous puissiez vous fier : ; tout sera factions, artifices, trahisons.…
(Bossuet.)