PROGRAMME D'ÉDUCATION
[Le pape Innocent XI lui ayant exprimé par l'intermédiaire du nonce so désir d’être mis au courant des méthodes qu'il employait dans l'éducation du. Dauphin, Bossuet lui écrivit une longue lettre en latin, que l'abbé Bossue donna au public en 1709, avec une traduction française en tête de la re édito:
de la Politique tirée de l'Écriture sainte. La lettre de Bossuet, dont voici des fragments, est datée de Saint-Germain, 8 mars 1659. Le pape lui répondit le 19 avril, en approuvant ses méthodes et en le félicitant de son zèle.]
L'étude de chaque jour commençait soir et matin par les choses saintes; et le Prince, qui demeurait découvert pendant que durait cette leçon, les écoutait avec beaucoup de respect, Lorsque nous expliquions le catéchisme, qu'il savait par cœur, nous l’avertissions souvent, qu'outre les obligations communes de la vie chrétienne, il y en avait de notculines pour chaque profession ; et que Le princes, comme les autres, avaient de certains devoirs propres, auxquels ils ne pouvaient manquer sans commettre de grandes fautes. Nous nous contentions alors de lui en montrer les plus essentiels selon sa portée, et nous réservions à un âge plus mûr ce qui nous semblait ou trop profond ou trop difficile pour un enfant. Mais dès lors, à force de répéter, nous fimes que ces trois mots Piété, Bonté, Justice, demeurèrent dans sa mémoire avec toute la liaison qui est entre eux... |
Nous n'avons pas jugé à propos de lui faire lire les ouvrages des auteurs par parcelles, c’est-à-dire, de prendre un livre de L’Enéide, par exemple, ou de César, séparé des autres. Nous lui avons fait lire chaque ouvrage entier, de suite, et comme tout d'une haleine, afin qu’il s’accoutumât peu à peu, non à considérer chaque chose en particulier, mais à découvrir tout d’une vue le but principal d'un ouvrage et l’enchaînement de toutes ses parties : étant certain que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne paraît avec toute sa beauté, qu'à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édifice, et en a pris tout le dessein et toute l’idée. Entre les poètes, ceux qui ont plu davantage à monseigneur le Dauphin sont Virgile et Térence ; et entre les historiens, ç’a été Salluste et César. Il admirait le dernier, comme un excellent maître pour faire de grandes choses, et pour les écrire... On ne peut dire combien il s’est diverti agréablement et utilement dans Térence, et combien de vives images de la vie humaine lui ont passé devant les yeux en le lisant.
Enfin nous lui avons enseigné l’histoire. Et comme c’est la maîtresse de la vie humaine et de la politique, nous l'avons fait avec une grande exactitude : mais nous avons principalement eu
soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne... Afin que le Prince apprit de l'histoire la manière de conduire … les affaires, nous avons coutume, dans les endroits où elles paraissent en péril, d’en exposer l’état et d'en examiner toutes les circonstances, pour délibérer, comme on ferait dans un conseil, de ce qu'il y aurait à faire en ces occasions : nous lui demandons son avis; et quand il s’est expliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes, nous louons ce qui a été bien fait ; et conduits par l'expérience, nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter.
(Bossuet.)