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UTILITÉ DE L'HISTOIRE POUR LES PRINCES

[La page que voici, par laquelle débute le Discours sur l'histoire universelle, explique l'importance que Bossuet a donnée à l’étude de l’histoire dans l’éducation du Dauphin. Voir le morceau précédent.]

Quand l’histoire serait inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux princes. Il n’y a pas de meilleur moyen de leur découvrir ce que peuvent les passions et les intérêts, les temps. et les conjonctures, les bons et les mauvais conseils. Les histoires ne sont composées que des actions qui les occupent, et tout semble y être fait pour leur usage. Si l'expérience leur est nécessaire pour acquérir cette prudence qui fait bien régner, il n'est rien de plus utile à leur instruction que de joindre aux exemples des siècles passés les expériences qu'ils font tous les. jours. Au lieu qu'ordinairement ils n’apprennent qu'aux dépens … de leurs sujets et de leur propre gloire à juger des affaires dan-

[4. Bossuet avait déjà insisté sur cette utilité de l’histoire pour les princes dans son Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre (1670): « C'était le dessein d'avancer dans cette étude de sagesse, qui la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes. Cest là que les plus grands rois n'ont plus de rang que par leurs vertus, et que, dégradés à jamais par les mains de la mort, ils viennent subir sans cour et sans suite le jugement de tous les peuples et de tous les siècles. C'est là qu'on découvre que le lustre qui vient de la flatterie est superficiel, et que les fausses couleurs, quelque industrieusement qu'on les applique, ne tiennent pas. Là notre admi-. rable princesse étudiait les devoirs de ceux dont la vie compose l’histoire. »]

xereuses qui leur arrivent ; par le secours de l’histoire, ils {forment leur jugement, sans rien hasarder, sur les événements passés. Lorsqu'ils voient jusqu'aux vices les plus cachés des brinces, malgré les faussés louanges qu'on leur donne pendant eur vie, exposés aux yeux de tous les hommes, ils ont honte de a vaine joie que leur cause la flatterie, et ils connaissent que la vraie gloire ne peut s’accorder qu'avec le mérite.

(Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, avant-propos.)

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