LE JEUNE BACCHUS ET LE FAUNE
Un jour, le jeune Bacchus $, que Silène instruisait, cherchait 4 les Muses dans un bocage dont le silence n’était troublé que par
[4. C'est le mot de saint Paul. — 2, De sa droite : c'est-à-dire formé par sa main. — 3. Son élat : sa condition de prince héritier. — 4, Il trouvait la vis trop brève pour permettre d'accomplir une grande tâche. — 5. Devoir à l'ins- truction : devoir consacrer à acquérir la connaissance.] . f6. Bacchus, dieu de la vigne, fils de Jupiter et de Sémélé, flle de Cadmos, roi de Thèbes. — 7. Silène, père nourricier de Bacchus. On le représentait sous les. traits d’un vieillard trapu, chauve et ventru, toujours ivre et monté sur un âne. e]
ee MÉR D ÈE
le bruit des fontaines et par le chant des oiseaux. Le soleil n'en pouvait, avec ses rayons, percer la sombre verdure. L’enfant de Sémélé, pour étudier la langue des dieux, s’assit dans un coin au pied d’un vieux chêne, du tronc duquel plusieurs hommes de l'âge d’or‘ étaient nés. Il avait même autrefois rendu des oracles, et le Temps n'avait osé l’abattre de sa tranchante faux. Auprès de ce chêne sacré et antique se cachait un jeune faune ?, qui prêtait l'oreille aux vers que chantait l'enfant, et qui marquait. à Silène par un ris moqueur toutes les fautes que faisait son disciple. Aussitôt les Naïades ? et les autres Nymphes du bois souriaient aussi. Le critique était jeune, gracieux et folâtre : sa tête était couronnée de lierre et de pampre ; ses tempes étaient ornées de grappes de raisin. De son épaule gauche pendait sur son côté droit en écharpe un feston de lierre, et le jeune Bacchus se plaisait à voir ces feuilles consacrées à sa divinité. Le faune - était enveloppé, au-dessous de la ceinture, par la dépouille affreuse et hérissée d’une jeune lionne qu’il avait tuée dans les forêts. Il tenait dans sa main une houlette courbée et noueuse. Sa queue paraissait derrière comme se jouant sur son dos. Mais comme Bacchus ne pouvait souffrir un rieur malin, toujours prêt à se moquer de ses expressions, si elles n'étaient pures et élégantes, il lui dit d’un ton fier et impatient : « Comment oses-tu te moquer du fils de Jupiter? » Le faune répondit sans s'émouvoir : « Hé! comment le fils de Jupiter ose-t-il faire
quelque faute ? »
(Fénelon, Fables, XXI.)