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LES FAIBLESSES ET LES CRIMES DES ROIS NE SAURAIENT ÊTRE CACHÉS

Louis. — On dit que vous avez écrit mon histoire. Comines. — Il est vrai, sire ; et j'ai parlé en bon domestique #.

[4. L'âge d'or : le premier âge de l’humanité d’après la mythologie ancienne (les trois suivants sont l’âge d'argent, l’âge de bronze et l’âge de fer). — 2. Les faunes étaient des demi-dieux, aux oreilles et aux jambes de bouc, qui habitaient les forêts. — 3. Les Naïades étaient les nymphes des eaux, sœurs des Nymphes des bois et des montagnes (Dryades, Méliades, Hamadryades, Oréades).]

L4. Domestique : on appelait ainsi au xvire siècle toute personne AHACREE à la

maison d’un prince ou d’un seigneur.]

748 LE XVIIe SIÈCLE Me

Louis. — Mais on assure que vous avez raconté bien ds > choses dont je me passerais ! volontiers. pes Commines. — Cela peut être; mais en gros jai i de vous un portrait fort avantageux. Voudriez ils que j'eusse été un flatteur perpétuel, au lieu d’être un‘“historien ? es - Louis. — Vous deviez parler de moi comme un sujet comblé de grâces de son maitre.

Cine — C'eût été le moyen de n'être cru de personne. . La reconnaissance n'est pas ce qu ’on cherche dans un historien : au contraire, c'est ce qui le rend suspect.

Louis. — Pourquoi faut-il qu'il y ait des gens qui aient la démangeaison d’écrire? Il faut laisser les morts en ps et ne flétrir ot leur mémoire.

Commines. — La vôtre était étrangement noircie; j'ai tâché d’adoucir les impressions déjà faites; j'ai relevé toutes vos bonnes qualités ; je vous ai déchargé de toutes les choses odieuses | qu’on vous imputait sans preuves décisives. Que pouvais-je faire de mieux? : \ Louis. — Ou vous taire, ou me défendre en tout. On dit que vous avez représenté toutes mes grimaces, toutes mes contorsions lorsque je parlais tout seul, toutes mes intrigues avec de petites gens. On dit que vous avez parlé du crédit de mon prévôt?, de mon médecin, de mon barbier“ ; vous avez étalé mes vieux habits. On dit que vous n’avez pas oublié mes petites dé- = votions, surtout à la fin de mes jours, mon empressement à ” ramasser des reliques, à me faire frotter, depuis la tête jusqu'aux « pieds, de l'huile de la sainte ampoule‘, et à faire des péleri- « nages où je prétendais toujours avoir été guéri. Vous avez fait mention de ma barrettef chargée de petits saints, et de ma petite Notre-Dame de plomb que je baisais dès que je voulais faire un mauvais COUP ; enfin de la croix de Saint-Lo®, par laquelle je n'osais jurer sans vouloir garder mon serment parce

[4. Dont Je me passerais volontiers, que j'aurais préféré ne pas vous voir raconter. — 2. Tristan l’Ermite. — 3. Coictier. — 4. Olivier le Daïm. — 5. La sainte ampoule : fiole conservée sous l’ancien régime dans la cathédrale de Reims et contenant l'huile qui servait à oindre les rois lors de la cérémonie du sacre. — 6. Barrette : petit bonnet plat. — 7. L'image de plomb de Notre-Dame de Cléry — 8. On conservait dans l’église de Saint-Lô, à Angers, un morceau de la vr croix.]

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que j'aurais cru mourir dans l’année si jy avais manqué. Tout cela est fort ridicule.

Comines. — Tout cela n'est-il pas vrai? Pouvais-je le taire ? Louis. — Vous pouviez n’en rien dire.

Commines. — Vous pouviez n’en rien faire.

Louis. — Mais cela était fait et il ne fallait pas le dire.

Comines. — Mais cela était fait et je ne pouvais le cacher à la postérité.

Louis. — Quoi ! ne peut-on pas cacher certaines choses ?

Comines. — Eh! croyez-vous qu'un roi puisse être caché après sa mort comme vous cachiez certaines intrigues pendant votre vie? Je n'aurais rien sauvé pour vous par mon silence, et je me serais déshonoré. Contentez-vous que je pouvais! dire bien pis et être cru ; mais je ne l’ai pas voulu faire.

Louis. — Quoi ! l’histoire ne doit-elle pas respecter les rois ?

Comines. — Les rois ne doivent-ils pas respecter l’histoire et la postérité, à la censure de laquelle ils ne peuvent échapper ? Ceux qui ne veulent pas qu'on parle mal d'eux n’ont qu'une ressource, qui est de bien faire.

(Fénelon, Dialogues des Morts, LIX.)

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