‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 460 sur 532 · IV. — LA COQUETTÉRIE · texte numérisé non relu

IV. — LA COQUETTÉRIE

Mais ne craignez rien tant que la vanité dans les filles. Elles L naissent avec un désir violent de plaire; les chemins qui conduisent les hommes à l'autorité et à la gloire leur étant fermés, elles tâchent de se dédommager par les agréments de l'esprit et. du corps ; de là vient leur conversation douce et insinuante ; de. là vient qu’elles aspirent tant à la beauté et à toutes les grâces extérieures, et qu'elles sont si passionnées pour les ajustements? : ie une coiffe #, un bout de ruban, une boucle de cheveux plus hau ou plus bas, le choix d’une ait ce sont pour elles autant d'affaires importantes, :

Ces excès vont encore plus loin déne notre nation“ qu’ en à toute autre ; l'humeur changeante qui règne parmi nous cau une variété cndbuelté de modes ; ainsi on ajoute à l'amour des ajustements celui de la Ho ee qui a d’étranges charmes sur

[4. Prudence, sagesse.] | .

[2. Ajustements, parures. — 3. Coiffe : au xvne siècle les femmes ne porta

quieu, Lettres nu (létre XCIX. Rica à in ]

de tels esprits. Ces deux folies mises ensemble renversent les bornes des conditions et dérèglent toutes les mœurs.

Je voudrais faire voir aux jeunes filles la noble simplicité qui paraît dans les statues et dans les autres figures qui nous restent des femmes grecques et romaines ; elles y verraient combien des cheveux noués négligemment par derrière, et des draperies pleines et flottantes à longs plis, sont agréables et majestueuses!. Il serait bon même qu’elles entendissent parler les peintres et les autres gens qui ont ce goût exquis de l’antiquité.

(Ibidem, chap. x.)

4° M° de Maintenon?° et la maison de Saint-Cyr.

Au cours de sa vie, pleine d’aventures et de contrastes, Mme de Maintenon a toujours eu l’amour de l’enfance et le goût de l’éducation. Cette passion pédagogique lui a réussi : c’est par l'intelligence et le dévoue-

.[4. C'est en véritable artiste, épris de la beauté plastique, que Fénelon parle ici du costume des femmes dans l’antiquité et en propose en exemple aux jeunes filles de son temps l’élégante simplicité.]

2. Biographie. — Françoise d'Aubigné était née à Niort en 1635. Petite fille du poète huguenot Agrippa d’Aubigné, elle abjura le protestantisme en 1648, au retour d’un voyage en Amérique où son père l'avait emmenée, et plus tard elle poussa, dit-on, Louis XIV à révoquer l’Édit de Nantes (1685). Veuve, en 1660, du poète infirme Scarron (voir p. 496, note 2), qu'elle avait épousé en 1652, elle devint en 1669 gouvernante des enfants du roi et de Mme de Montespan, et obtint en 1675 la terre de Maintenon avec le titre de marquise.

En 1684 elle se maria secrètement avec Louis XIV, qui, appréciant son ferme bon sens, lui demandait souvent son avis en ces termes : « Consultons la Raison. Qu'en pense votre Solidité ? » En 1686 elle fonda la maison de Saint-Cyr, qu’elle dirigea pendant plus de trente ans avec une sollicitude éclairée, y venant presque chaque jour, y faisant parfois la classe, écrivant plusieurs volumes de règlements et d'instructions, composant même pour les élèves de petites comédies morales ou proverbes. Après la mort du roi (1715) elle s’y retira, et c’est là qu’elle mourut en 1719.

Portraits. — Voici d'abord Mwe Scarron dans tout l'éclat de sa jeunesse, d’après le portrait que, sous le nom de Lyrianne, Milk de Scudéry a fait d'elle en 1659 dans sa Clélie :

« Lyrianne était grande et de belle taille, mais de cette grandeur qui n’épouvante pas et qui sert seulement à la bonne mine. Elle avait le teint fort uni et fort beau, les cheveux d’un châtain clair et très agréables, le nez très bien fait, la bouche bien taillée, l'air noble, doux, enjoué et modeste; et, pour rendre sa beauté plus parfaite et plus éclatante, elle avait les plus beaux

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nan, qu’elle gagna l’estime et Pétoeti ca du roi, qui firent sa fértun c’est dans ses fonctions d’institutrice qu’elle a on la principale consolation de sa vieillesse ; c’est comme fondatrice de la maison de Saint-Cy que, sévèrement jugée par l’histoire pour le rôle politique qu’on lur prête elle a mérité de trouver quelque indulgence auprès de la postérité.

La création de la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr (1686), qui. fut son chef-d'œuvre, avait été précédée de plusieurs entreprises de même nature et de plus en plus importantes : école de Montmorency … (1680) où avec Mne de Brinon elle faisait apprendre « à lire, à écrire et à compter » à quelques pensionnaires ; maison de Rueil (1682) où elle recueille soixante jeunes filles de la bourgeoisie et de la petite noblesse, et où elle installe aussi un asile-ouvroir pour une cinquantaine d’enfants pauvres de sa terre de Maintenon ; pension de Noisy (1684) où déjà 1 nombre des élèves dépassait la nn Aïnsi ses plans s’étaientélargis | à mesure. À Saint-Cyr elle rassembla 250 jeunes nee appartenant à 1 noblesse pauvre, et les groupa en quatre classes, qu’on ee d’après

yeux du monde. Ils étaient noirs, brillants, doux, passionnés et pleins d’espri leur éclat avait je ne sais quoi qu’on ne saurait exprimer : la mélancolie douce y paraissait quelquefois avec tous les charmes qui la suivent presque toujours ; l’enjouement s’y faisait voir à son tour avec tous les attraits que la joie peu inspirer, et l’on peut assurer après sans mensonge que Lyrianne avait mille” appas inévitables, Au reste son esprit était fait exprès pour sa beauté, c ’est- SAT dire qu'il était grand, agréable et bien tourné ; elle parlait juste et naturelle ment de bonne grâce et sans affectation... Elle ne faisait pe la belle, quoiqu’elle le fût infiniment.

Et voici — d’après le sneicna de dames de Saint- Cyr dans leurs Mémoires: Mne Scarron, vers 1673, quand elle était à la cour gouvernante des enfants du ro

« Elle avait le son de voix le plus agréable, un ton affectueux, un front ouvert et riant, le geste naturel de la plus belle main, des yeux de feu, l mouvements d’une taille si affectueuse et si régulière qu'elle effaçait les pl belles de la cour. Le premier coup d'œil était no et comme voilé de sévt rité : le sourire et la voix ouvraient le nuage.

Quant au portrait purement psychologique de Saint-Simon à tracé de M de Maintenon parvenue au comble de sa fortune, il est d’une malveillance dente, dont deux ou trois traits permettront de } juger :

« Ses divers états l'avaient rendue flatteuse, insinuante, complaisante, l chant toujours à plaire. Elle n'avait de suite en rien que par contrainte et

one . L’abjection et la bo où elle avait si longtemps vécu lui av. rétréci dot et avili le cœur ct les sentiments. Elle pensait et sentait si r

et qu’en tout et partout elle se retrouvait telle. Editions. — Lettres de Mme de Maintenon, a he Beaumelle C5 et

la couleur du ruban qui, attaché sur leur robe noire d’uniforme, distinguait les élèves : la classe rouge (au-dessous de 10 ans), la Fe verte (de 11 à 13), la classe Jaune (de 14 à 16),: la classe bleue (de 17 à 20). Quarante dames, professes ou novices, choisies autant que possible parmi les anciennes élèves, se Pois les diverses charges de la communauté.

L'histoire de Saint-Cyr! se divise en trois périodes : 1° Jusqu’aux représentations d’Esther (janvier-février 1689), ce fut la période mon. daine ; pour éviter — selon le désir du roi? — de faire de sa maison d'éducation une sorte de couvent, Mme de Maintenon y donna beaucoup de pie aux divertissements. 2° Après Esther, voyant que l'esprit de frivolité s’était introduit à Saint-Cyr, elle opéra une réaction, qui dura trois ou quatre ans : c’est la période de pénitence et de mortification ; Athalie fut justement jouée (le 5 avril 1691) dans cette atmosphère défavorable à l’art. 3° À partir de 1692 l’équilibre s'établit, un juste milieu est adopté entre l’indulgence exagérée du début et l’excessive sévérité qui avait suivi ; mais depuis le 1° décembre de cette même année

édition peu authentique). — Mme de Maintenon : Lettres et entretiens sur l'éducation des filles (par Théophile Lavallée, 1854, 8 vol. ; édition plus exacte que la précédente). — Octave Gréard : Mme de Maintenon : Extraits de ses lettres, avis, entretiens, conversations et proverbes sur l'éducation (avec une introduction, . Hachette, 1884). — Cadet et Darin : Mme de Maintenon, éducation et morale (choix de lettres, entretiens et instructions, Delagrave, 1884). — Faguet: Mme de Maintenon institutrice. Extrait de ses lettres, avis, entretiens... (1885). — Geffroy : Mne de Maintenon d'après sa correspondance authentique (choix de lettres, texte revu sur les manuscrits, Hachette, 1887,2 vol.). — Jacquinet : Mme de Maintenon dans le monde et à Saint-Cyr (choix de lettres et entretiens, Belin, 1888).

A consulter. — La Beaumelle : Mémoires pour servir à l'histoire de Mme de Maintenon (1955-1756. 6 vol.). — Théophile Lavallée : Histoire de la maison. royale de Saint-Cyr, 1686-1793 (Paris, 1853). — Duc de Noailles : Histoire de Mne de Maintenon (1848-1858, 4 vol.). — A. Taphanel : Le théâtre de Saint-Cyr (1876). — D’Haussonville et Hanotaux : Souvenirs de Mme de Maintenon : t. I. Mémoires et Lettres inédites de Mie d'Aumale (1902); t. II. Les cahiers de Mie d'Aumale (1903) ; t. TILL. Dernières lettres à Mme de Caylus (1905).

4. Parmi les élèves de Saint-Cyr il faut surtout citer : Mme de Caylus (1673- 1729), nièce de Mme de Maintenon, qui fut la plus brillante et qui a rappelé dans ses Souvenirs les impressions de sa jeunesse; Mlle d’Aumale (1683-1756), qui servit de secrétaire à Mme de Maintenon jusqu'à sa mort ; et Mme de Glapion (1674-1729), son amie préférée, qui lui succéda dans la direction de Saint-Cyr (voir le livre de Jehanne d’'Orliac : Madeleine de Glapion, demoiselle de Saint-Cyr, 1919).

2. Louis XIV, qui n’aimait pas les couvents, avait voulu qu'il n’y eût à Saint-Cyr « rien qui sentit le monastère. » Et c’est pourquoi Saint-Marc Girardin a pu dire que la maison fondée par Mme de Maintenon fut « la première sécularisation, sécularisation intelligente et hardie, de l'éducation des femmes. »

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la Maison royale de Saint-Louis a perdu son caractère primiti | devenir un simple couvent (de l’ordre de Saint-Augustin), Nous connaissons l'arganisairon et l'esprit de la maison de Saint-C: par les nombreux écrits qu’a laissés Mme de Maintenon : Lettres, Avi Instructions, Réprimandes, Entretiens, Conversations et Proverbes. Poursoustraire les jeunes filles aux influences extérieures, on ne leur laissait voir leurs parents que quatre fois par an, et seulement une demi-heure chaque fois. Mais rien ne fut négligé pour leur rendre agréable le séjour de Saint- Gyr : discipline très douce, nombreuses distractions. La religion n’y tenait pas une place trop absorbante : Me de Maintenon ne voulait pas plus former des mondaines frivoles que des bigotes et des mystiques. L'éducation morale était tournée avant tout vers la pratique : il s'agissait d'élever ces jeunes filles pour la vie modeste qui attendait la plupart d’entre elles, de former d’honnèêtes bourgeoises, de caractère droit et d’esprit juste. L’instruction par suite y fut un peu sacrifiée : « Nos demoiselles n'ont pas, écrit-elle, à faire les savantes. Les femmes ne savent jamais qu’à demi, : et le peu qu’elles savent les rend communément fières, dédaigneuses, causeuses et dégoütées des choses solides. » Et ailleurs : « Il faut élever vos bourgeoises en bourgeoises. Il n’est pas question de leur orner, l'esprit ; il faut leur prêcher les devoirs de la famille, l’obéissance pour le mari, le soin des enfants. La lecture fait plus de mal que de bien aux. jeunes filles... »

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