‹ Notre littérature étudiée dans les textesChapitre 461 sur 532 · I. —— ORIGINE DE LA PIÈCE · texte numérisé non relu

I. —— ORIGINE DE LA PIÈCE

[On avait d’abord joué à Saint-Cyr une pièce de Mme de Brinon, la premièr supérieure, qui aimait les vers et la comédie : Mme de Maintenon de trouva très mauyaise, On joua ensuite Cinna qui eut assez de succès et Andromaque qui en eut trop. C’est alors que Mme de Maintenon, décidant de ne plus laisser repré-

senter à Saint-Cyr de pièces profanes, s’adressa à Racine, qui fut d’abord Le embarrassé de la demande qu’on luifit] :

M"* de Maintenon écrivit à M. Racine : « Nos petites filles viennent de jouer Andromaque et l'ont si ne jouée qu elles ne la joueront plus, ni aucune de vos pièces. » Elle le pria, dans cette même lettre, de lui faire, dans ses ne de loisir. : quelque espèce de poème moral ou historique, dont l'amour fi entièrement banni, et dans lequel il ne crut pas que sa réputa tion fût intéressée, puisqu'il demeurerait enseveli dans Sain Cyr, ajoutant qu'il ne lui importait pas que cet ouvrage |

contré les règles, pourvu qu’il contribuât aux vues qu’elle avait de divertir les demoiselles de Saint-Cyr en les instruisant.

(Me de Caylus, Souvenirs.)

ÊT. — L’INcIDENT DU MOUCHOIR.

[La pièce fut apprise et répétée sous la direction de Racine, C'est au cours d’une des répétitions que se produisit l'incident que voici entre le poète et l'actrice qui jouait le rôle d’'EÉlise, Mile de la Maisonfort.]

La jeune fille qui jouait Elise ayant un peu hésité à certains endroits de son rôle : « Ah! Mademoiselle, lui dit Racine, lorsqu’elle rentra dans la coulisse, Mademoiselle, qu’avez-vous fait ? Voilà une pièce perdue ! » Elle, sur le mot de pièce perdue, croyant qu’elle l'était en effet par sa faute; se mit à pleurer. Lui, qui, avec tout son esprit, ne laissait pas de faire quelquefois des traits de Simplicité, était peiné de l'avoir contristée ; èt craignant, comme elle devait retourner sur le théâtre, qu'il ne parût qu’elle avait pleuré, voulut aussitôt la consoler, et pour essuyer ses larmes, il tira son mouchoir de sa poche, et l’appliqua luimême à ses yeux, lui disant des paroles douces pour la remettre, et que cela ne l’empêchait pas de bien achever ce qu'elle avait encore à faire. Malgré cette précaution, le roi s’aperçut qu’elle avait les yeux rouges et dit : « La petite a pleuré. » Quand on sut ce que c'était, et la simplicité de M. Racine, on en rit, et lui-même aussi, qui, n'ayant en tête que la pièce, avait fait cette action, sans penser le moins du monde à ce qu’elle avait de peu convenable.

(Mémoires des dames de Saint-Cyr.)

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